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Je t’offre mon sourire contre tes larmes – Chapitre 5

Le monde a des merveilles

C’est devant leur école primaire, fermée en ce 31 décembre, qu’ils se retrouvèrent tous les trois. Il faisait froid, et comme toujours, ils étaient de retour à l’heure exacte de leur départ.

— J’ai suspendu le temps pour que nous puissions parler un peu avant que je vous renvoie chez vous tous les deux.

Les enfants se regardèrent, conscients qu’ils allaient se faire gronder. À juste titre. Ils avaient fait une très grosse bêtise.

— Je ne suis pas content du tout, déclara alors Jupiter, mais je ne vais pas vous gronder. On fait tous des erreurs, et je pense qu’il faut savoir retirer du positif de chacune de nos expériences négatives.

— Je ne comprends pas tout, répondit honnêtement Nathalie.

— Ce que j’essaie de vous dire, c’est que je pense que vous avez appris des choses importantes, aujourd’hui. Sur vous-même, sur ce que vous souhaitez et vos proches.

— On est désolé, vraiment, répondit Youssoupha.

— Je sais.

— Et le Monde aux Merveilles ? interrogea ensuite la petite fille. Il est cassé ?

— Il s’en remettra. Je vais le réparer. Mais vous deux, vous ne pourrez plus jamais y aller.

Les deux enfants baissèrent la tête, tristes. Ils se doutaient bien qu’ils seraient punis, et ils devaient l’accepter. Il fallait assumer les conséquences de leur bêtise.

— Je vais vous renvoyer chez vous, maintenant. Si vous le pouvez, et si vous le voulez, j’ai une surprise pour vous. Venez ici un peu avant minuit, avec vos familles.

Il ne leur laissa pas le temps de répondre et il les fit disparaitre, les renvoyant dans leur foyer respectif.

 

— Maman !

Nathalie se jeta dans les bras de sa Maman, qui répondit à son étreinte, un peu étonnée.

— Quel enthousiasme !

— Je t’aime, Maman !

Elle ne voulait plus jamais être privée de sa Maman. Elle ne pouvait pas lui dire à quel point elle avait eu peur de la perdre, mais elle ferait tout pour le lui faire comprendre.

— Je t’aime aussi, mon trésor.

— Tu sais Maman, j’ai pris une grande rasolation !

La femme sourit d’un air attendri.

— J’écoute ta résolution, ma puce.

— J’ai décidé d’arrêter de demander à ce que Papa revienne ! J’aimerais qu’il fête toutes les fêtes avec nous, mais je sais que c’est pas possible. Et même si c’est triste sans lui, toi tu es là, et on les fêtera ensemble !

Sa mère resta longuement silencieuse. Ses yeux brillaient, et Nathalie sentit son sourire faiblir. Avait-elle dit une bêtise ?

— Je t’aime, répondit finalement la femme.

Elle lui fit un bisou sur le front et la serra contre elle avec tendresse.

— Dis, Maman, est-ce qu’on peut aller quelque part pour fêter la nouvelle année ?

 

Les quadruplés étaient extrêmement bruyants, mais Youssoupha n’en était pas du tout mécontent. Au contraire. Ses parents s’occupaient d’eux, et le garçon vint les rejoindre, content de les retrouver enfin. Il fit un gros câlin à sa mère, puis à son père et il alla embrasser le front de ses deux petits frères et de ses deux petites sœurs. Ses parents le regardèrent faire, un peu interloqués, et son père se racla la gorge.

— Youssoupha, Maman et moi, on voudrait te parler.

Il sourit à ses parents et attendit la suite.

— On sait que ça n’a pas été une année facile. Tu n’as eu aucun cadeau, et on a dû se priver de beaucoup de choses. On veut juste que tu saches que c’est temporaire.

— C’est pas grave, Papa. Je ne veux pas de cadeaux : je vous ai vous, et les petits. C’est mieux que tout ce qu’on pourrait acheter !

Ses deux parents restèrent bouche bée, ne s’attendant pas à une réponse aussi mature.

— Je sais que ne pas avoir d’argent, ça vous rend triste, et que ça veut dire qu’on va avoir des soucis, mais on est tous là, et c’est mieux que d’être plus riche qu’un roi ou que de vivre dans une grande maison ! Vous êtes le meilleur de tous les cadeaux, je ne veux rien d’autre !

Sa Maman le serra contre elle, en échangeant des sourires avec son mari.

— Tu es exceptionnel, mon fils, lui murmura-t-elle à l’oreille.

— Moi aussi je t’aime, Maman ! Et toi aussi, Papa !

L’homme sourit, attendri et apaisé. Comme si les tracas qui l’écrasaient s’étaient miraculeusement envolés, au moins temporairement.

— On va s’en sortir, déclara-t-il ensuite.

— Bien sûr que oui ! approuva le petit garçon. Mais si vous voulez vraiment me faire un cadeau, j’ai une idée pour ce soir !

 

— Youssoupha !

— Nathalie !

Les deux enfants se précipitèrent l’un vers l’autre alors que leurs parents les regardaient faire en souriant. Rapidement, ils se rejoignirent et firent les présentations. La Maman de Nathalie avait énormément entendu parler de Youssoupha, et les parents du garçon avaient énormément entendu parler de la petite fille. Les quadruplés étaient particulièrement sages, et ils saluèrent poliment la mère de Nathalie lorsqu’elle leur fit un petit coucou. Il faisait froid, mais pas autant que ce qu’ils avaient tous redouté au moment de sortir de chez eux.

— Ma puce, où est la surprise ? Je croyais que c’était une surprise destinée aux élèves de l’école et à leurs familles ?

— Oui, mais apparemment, il n’y a que nous qui sommes venus !

Youssoupha hocha vigoureusement la tête.

— Il faut attendre minuit, précisa-t-il.

C’est ce qu’ils firent tous les neuf, en parlant et en riant beaucoup. Ils comptèrent ensemble jusqu’à minuit, et au moment où ils se souhaitèrent bonne année, un magnifique feu d’artifice se déclencha dans le ciel. C’était un feu d’artifice merveilleux, qui brillait de mille couleurs. Les mots « Bonne année » apparurent dans le ciel entre deux bouquets de fleurs d’artifice, et ils restèrent tous muets d’admiration.

— Youssoupha, regarde !

Il suivit le regard de Nathalie, et il sourit en voyant Jupiter, assis à plusieurs mètres de là. Il les fixait avec bienveillance. Le temps s’arrêta une nouvelle fois, et le chien-loup vint rejoindre les deux enfants.

— J’espère que vous appréciez ma petite surprise !

— C’est génial ! répondirent-ils en chœur. Merci, Jupiter !

— Je vous en prie. J’aimerais vous permettre de revenir dans le Monde aux Merveilles, mais je ne peux pas. Pas alors que vous avez enfreint les règles.

— C’est pas grave, répondit immédiatement Nathalie.

— On a bien mieux dans notre monde, renchérit Youssoupha.

— Vous deux avez vraiment beaucoup appris, décidément. Je ne vais pas prendre plus de votre temps, je venais juste vous faire mes adieux.

Les deux enfants échangèrent un regard. Ses adieux ?

— Tu pars pour toujours ? demanda d’une voix tremblante la petite fille. On ne te reverra jamais ?

— Il ne faut jamais dire jamais, mais il est peu probable que nous nous recroisions un jour.

Youssoupha serra spontanément le chien-loup dans ses bras, rapidement rejoint par Nathalie. Leur temps passé avec Jupiter avait été court, mais il avait bouleversé leur existence.

— Bonne année, les enfants.

Ils le sentirent disparaitre entre leurs bras, et le temps reprit son cours. Leurs parents et les quadruplés continuaient à observer le magnifique feu d’artifice, émerveillés et inconscients du trouble qui avait envahi les deux amis. Nathalie ne put retenir quelques larmes, mais elle fit tout de même un petit sourire à Youssoupha.

— Tiens, c’est pour toi.

Elle sortit de sous son manteau une tirelire en forme de chien. Le bruit des pièces qu’elle contenait et qui s’entrechoquaient était facilement reconnaissable.

— Je ne peux pas te donner autant d’argent que Noctalia, mais je t’offre ma tirelire chien ! C’est tout ce que j’ai économisé depuis que je touche de l’argent de poche, et je veux te le donner !

— Merci beaucoup, mais je préfère que tu gardes ton argent.

— C’est un cadeau, tu ne peux pas me le rendre !

— Alors si tu acceptes, je vais garder cet argent pour mes frères et sœurs. Je leur ferai un beau cadeau avec !

— C’est parfait !

Voyant que des larmes coulaient toujours sur les joues de Nathalie, et ressentant sa tristesse, Youssoupha lui prit gentiment la main.

— Je n’ai pas de vrai cadeau pour toi, mais je t’offre mon sourire contre tes larmes ! Chaque fois que tu seras triste, tu n’auras qu’à prendre mon sourire pour ne plus l’être !

Nathalie sourit, et Youssoupha se sentit fier de lui. Son cadeau marchait déjà.

— C’est le plus beau de tous les cadeaux, répondit-elle avec sincérité.

Ils relevèrent ensuite la tête pour regarder le bouquet final du spectacle d’artifice laissé par Jupiter. De la neige se mit à tomber, rajoutant un peu de féérie à ce spectacle déjà merveilleux. Ils savaient au fond de leur cœur que cette nouvelle année serait peut-être difficile, peut-être triste, mais qu’elle ne serait pas uniquement cela. Ils seraient là l’un pour l’autre, et leurs familles aussi. Rien d’autre ne comptait. Le monde avait bien plus de merveilles à leur offrir que le Monde aux Merveilles lui-même.

FIN

Visuel réalisé sur Canva. Image d’origine  par Please Don’t sell My Artwork AS IS de Pixabay 

Cinquième et dernier chapitre ! Je suis très contente d’avoir pu partager cette histoire avec vous ! 

J’espère que vous avez apprécié la lire autant que j’ai apprécié l’écrire !

N’hésitez pas à laisser un commentaire ! 🙂

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Mlleummy

Un beau trio, des personnages complémentaires ! Une petite histoire émouvante et magique qui colle parfaitement à cette période de noël et fin d’année assez particulière en vue du contexte sanitaire. Cette histoire est surtout une manière de nous rappeler que cette magie, on peut en bénéficier dans un effort de solidarité, de bienveillance, d’amour et l’espoir fait vivre. Une belle morale, il ne faut pas oublier d’apprécier même le peu que l’on possède, et de chérir ce qui nous entoure !

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