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Je t’offre mon sourire contre tes larmes – Chapitre 1

  • par

Jupiter

Les vacances de Noël commençaient ce soir, pour la plus grande joie des enfants, mais aussi du corps enseignant. Nathalie était isolée dans un coin de la cour de récréation, et elle regardait les autres enfants jouer sous la supervision de sa maitresse de CE2 et du maitre d’une autre classe. Les deux professeurs discutaient d’un air fatigué, jetant un regard mollasson de temps à autre sur ce qui les entourait. Il faisait très froid, aujourd’hui. Il avait abondamment neigé pendant plusieurs heures ce matin, et la neige avait tenu. Les voitures des professeurs étaient recouvertes par elle, et la petite fille avait entendu sa maitresse s’en plaindre. Nathalie, elle, regrettait l’époque où les voitures n’étaient pas garées là. Avant, la cour de récréation pour les enfants était beaucoup plus grande, et un bâtiment ouvert permettait aux enfants de se réfugier en cas de pluie. Maintenant, la cour avait été coupée en deux par un grand grillage, et un parking avait été installé. Les jours de pluie, les enfants restaient dans leurs classes.

— C’est dommage de ne pas profiter de toute cette jolie neige !

Elle se retourna pour faire face à la grille qui donnait directement sur l’extérieur de l’école et elle écarquilla les yeux d’admiration. Un énorme chien-loup, au pelage gris aussi soyeux que brillant, avec de grands yeux bleus, se tenait face à elle.

— Oh, tu es trop beau !

— Je te remercie.

— C’est toi qui parles ?!

— Bien sûr !

Le chien-loup ne bougeait pas la gueule, pourtant, et Nathalie fronça les sourcils.

— Si c’est toi qui parles, alors tu vas faire ce que je te dis !

Le regard qu’il lui lança était complètement blasé.

— Très bien. Que veux-tu que je fasse pour te prouver que je te parle et que je te comprends ?

—Tu tournes trois fois sur toi-même, puis tu t’assois par terre, tu grattes le sol trois fois avec ta patte et tu te couches par terre !

— C’est tout ? Dire que je m’attendais à un vrai défi !

Il n’eut aucun mal à faire ce que lui avait demandé la petite fille, et elle l’applaudit en riant, ravie.

— C’est trop génial ! Tu parles !

— Je suis un être génial, oui. Mais dis-moi, Nathalie : pourquoi tu ne joues pas avec la neige ? Regarde les autres enfants : ils ont l’air de bien s’amuser !

La petite fille lança un regard circulaire autour d’elle, avant de soupirer.

— La neige, ce n’est pas très drôle quand on joue toute seule.

Elle fronça ensuite les sourcils.

— Mais tu connais mon nom ?

— Tu n’imagines pas le nombre de choses que je sais, ma chère Nathalie ! Revenons-en à notre neige : pourquoi tu ne vas pas jouer avec les autres ?

— Je ne joue jamais avec les autres. Ils ne veulent pas de moi. Ils disent que je suis bête.

— Ce sont des paroles très laides ! Tu n’es pas bête du tout !

Elle haussa les épaules.

— Je ne sais pas. Je dis beaucoup de bêtises, et je suis bizarre.

— Des bêtises, on en dit tous ! Il ne faut pas juger un livre à sa couverture !

— Ça veut dire quoi ?

— Que ce n’est pas parce que tu dis des bêtises que tu es bête !

Elle sourit, touchée par la gentillesse du chien parlant.

— Tu t’appelles comment ?

— Jupiter.

— Comme la planète ! C’est une géante gazeuse, la cinquième planète en partant du soleil et la plus grosse du système solaire !

— Je suis impressionné ! Quel savoir !

— Merci ! Papa disait pareil que toi ! Il disait que j’étais son incyclopidie !

— Encyclopédie, je pense, mais j’ai saisi l’idée ! Pourquoi ne le dit-il plus, maintenant ?

— Il est parti. Dans les airs.

— Il est pilote ?

Elle remua la tête pour nier.

— Il est parti pour toujours.

Nathalie était triste, à présent, et Jupiter la regarda fixement pendant plusieurs minutes.

— Tu as demandé quoi au Père Noël, cette année ?

— Rien du tout. Avec Maman, on ne va pas fêter Noël cette année, parce que c’est ce jour-là que Papa est parti. Mais l’année prochaine, je lui demanderai plein de trucs pour me rattraper !

Son grand sourire radieux se ternit un peu alors qu’elle réfléchissait à ce qu’elle venait de dire.

— Si on fête Noël l’année prochaine, je lui demanderai un seul truc en fait.

— Qu’est-ce que c’est ?

— De ramener mon Papa !

Jupiter n’était pas surpris.

— Tu sais, il y a certains cadeaux qu’on ne peut pas avoir. Même le Père Noël ne peut pas tout faire.
— Je sais, c’est pour ça que j’attends l’année prochaine. Pour qu’il ait le temps de ramener mon Papa !

— Je vois…

Le chien-loup se mura une nouvelle fois dans le silence.

— On m’appelle le vampire, aussi ! À cause de mes cheveux et de ma peau.

Elle était en effet extrêmement pâle, et ses cheveux étaient très noirs. Jupiter ne releva pas le changement brusque de sujet.

— Tu aimes qu’on t’appelle le vampire ?

— Non, pas du tout, répondit-elle d’un air malheureux. J’aimerais bien être normale.

— Peut-être que tu es normale et que ce sont les autres qui ne le sont pas.

— Quoi ?

— À qui tu parles ?

La petite fille se retourna et se retrouva confrontée à un garçon de son âge, qui faisait partie d’une autre classe de CE2. Il était nouveau et elle ne lui avait jamais parlé.

— Au chien ! Il est très gentil !

— Quel chien ?

Un regard suffit à confirmer à la petite fille que Jupiter s’était envolé.

— Oh…

Elle sentit sa bonne humeur faner. Elle aurait aimé parler plus longtemps avec le gentil chien.

— Il est parti… C’est un chien qui parle, tu sais !

Le garçon resta un instant muet. Nathalie avait envie de disparaitre dans la neige. Il n’allait pas la croire et il allait se moquer d’elle. Dire qu’elle était bête, ou l’appeler « le vampire », comme les autres.

— C’est dommage qu’il soit parti, j’aurais bien aimé lui parler aussi ! répondit finalement le garçon avec un sourire.

Cela rendit toute sa bonne humeur à la fillette, qui lui sourit de toutes ses dents.

— Je m’appelle Nathalie ! Et toi ?

— Youssoupha.

— Tu viens d’arriver ?

— Je suis arrivé à la rentrée.

— Tu aimes bien ici ?

Youssoupha haussa les épaules.

— La maitresse est gentille, répondit-il finalement.

Youssoupha et Nathalie restèrent ensuite silencieux, n’osant pas continuer la conversation. Ils avaient tous les deux envie de jouer ensemble, mais aucun d’eux n’osait le dire à voix haute. Ils retournèrent donc chacun dans leur classe, pleins de regrets.

Le visuel a été réalisé avec Canva

Premier chapitre en ligne ! J’espère qu’il vous a plu ! N’hésitez pas à me faire un retour en commentaire !

On se revoit très vite pour la suite ! 🙂

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