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Akalivan – Chapitre 1

Ademon Delisian était l’Okalisto d’Akalivan, en activité depuis seize ans. Il en avait à présent trente-cinq, et il savait que son air fatigué pouvait le faire paraitre plus vieux de cinq voire dix ans. C’était un homme grand, à la peau tannée par le soleil, avec des yeux bleus perçants et des cheveux noirs assez courts et peu disciplinés. Il avait une barbe de deux jours, un physique de combattant et un corps recouvert de cicatrices. Il avait un air taciturne, et il y avait quelque chose de dangereux chez lui, ce qui le rendait repoussant pour la plupart de ses congénères humains –même si cela lui conférait paradoxalement un certain charme, de celui que pourrait avoir un serpent venimeux ou un lion enragé.

Il descendit de sa moto et entra dans le bâtiment qui lui faisait face. C’était un institut pour jeunes filles, le genre d’établissement que l’on trouvait beaucoup ici, à Velensarn, mais également dans les onze autres royaumes d’Akalivan. Les garçons et les filles étaient généralement séparés durant leur scolarité, ne recevant pas les mêmes enseignements et n’étant normalement pas destinés aux mêmes métiers une fois adultes. Le hall de l’établissement était aussi froid et impersonnel que sa façade, mais Ademon fut rapidement interpellé par une femme assez grande et osseuse qui se présenta comme étant l’adjointe de la directrice de l’établissement. Il se présenta poliment, indiquant qu’il était l’Okalisto d’Akalivan et qu’il venait récupérer Sadidiane Wakentou. L’adjointe hocha simplement la tête avant de lui demander de patienter quelques minutes. Elle revint accompagnée par une jeune fille qui trainait des pieds, la tête basse. Elle avait la peau noire, des cheveux crépus noirs sagement coiffés en chignon et des yeux marron très clair. Âgée de quatorze ans, elle était de taille moyenne, très fine, avec des vêtements ternes informes. Sobrement, l’Okalisto se présenta, et elle répondit par des salutations très timides. Il prit son sac de vêtements et ils sortirent en silence. Il faisait très chaud, et le soleil était aveuglant.

— Vous allez m’emmener à Aldavilos ?

Aldavilos était l’un des douze royaumes, considéré comme étant le plus puissant et le plus moderne du monde. Depuis plus d’un siècle, c’était Aldavilos qui hébergeait le Conseil Mondial du Contrôle de la Magie. C’était ici que des hommes et des femmes venus du monde entier se réunissaient pour surveiller, détecter et combattre les menaces magiques d’Akalivan. L’Okalisto dépendait directement du Conseil Mondial du Contrôle de la Magie, qui lui fournissait argent, logement et nourriture en échange de ses services pour l’humanité. D’autres magiciens extrêmement talentueux et puissants, membres de l’Escouade Magique, étaient également recrutés, formés et entretenus par le CMCM.

— C’est ce qui est prévu, oui.

La jeune fille parut tellement… affligée que cela mit l’Okalisto mal à l’aise. Il savait que la vie qui attendait Sadidiane n’avait rien de drôle. La nuit de la Lune Bleue, dans trois mois, elle deviendrait la Grande Prêtresse du Monde. Elle serait ensuite confinée dans les locaux du CMCM jusqu’à sa mort, participant ainsi à la préservation de l’équilibre du monde. C’était ainsi que les choses fonctionnaient depuis cinq siècles : un homme devenait l’Okalisto, le magicien possédant la plus grande variété magique de la planète et étant le plus grand symbole de la lutte du Bien contre le Mal, tandis qu’une femme devenait la Grande Prêtresse du Monde, le plus grand symbole de l’équilibre du monde. L’Okalisto et la Grande Prêtresse étaient deux êtres purs, qui se devaient d’exister pour que le monde ne sombre pas dans les ténèbres et le chaos. Ils n’étaient pas du tout choisis de la même façon, cependant, et ne vivaient pas leurs existences de la même manière. Il n’y avait en effet qu’une seule Grande Prêtresse choisie tous les cent ans, et elle était choisie dès la naissance, alors que sa prédécesseuse était en fin de vie. L’Okalisto, lui, était un garçon de neuf ans choisi au moment précis de la mort de son prédécesseur, et n’était pas prédestiné à le devenir. Ça pouvait tomber sur n’importe quel garçon de neuf ans. Il y avait ensuite dix ans de formation avant sa prise de fonction définitive, qui serait suivie par une existence de combat jusqu’à sa mort. La Grande Prêtresse, elle, demeurait cachée aux yeux du monde, et participait à la localisation et à l’identification des menaces magiques, sans jamais être autorisée à quitter son temple dédié. Elle vivait cent ans, puis mourait pour laisser sa remplaçante prendre sa place. En d’autres termes, une fois remise au CMCM, Sadidiane ne reverrait plus jamais le monde extérieur. Ademon sentait son cœur se serrer à chaque fois qu’il y pensait, mais il devait accomplir sa tâche. Il fallait qu’elle rejoigne le CMCM, pour le bien de l’humanité, tout comme lui devait se battre jusqu’à sa mort contre des créatures parfois cauchemardesques. C’était leur devoir sacré, l’assurance qu’Akalivan ne sombre pas dans le Mal et le chaos.

— J’ai prévu un itinéraire confortable, lâcha-t-il abruptement alors que le silence s’installait entre eux. Tu auras tout le confort moderne que tu es en droit d’exiger lors de notre voyage, sauf lorsque nous traverserons les Terres Sauvages au sud. Là, malheureusement, nous serons livrés à nous-mêmes. Sans incident, notre voyage devrait durer deux semaines. Nous serons très largement dans les temps. Ensuite, je te remettrai au Conseil Mondial du Contrôle de la Magie qui t’installera dans tes nouveaux appartements en attendant le rituel de la Lune Bleue.

Il avait essayé d’être le plus aimable et le plus clair possible, même s’il s’était exprimé de sa voix grave et peu amène habituelle. Sadidiane semblait toujours aussi peu emballée, malgré ses efforts, et il retint un grognement exaspéré. C’était juste une gamine. Il n’était pas en droit d’exiger d’elle la même dévotion à l’humanité et à son salut que celle que lui-même possédait. Même si on l’avait exigée de lui dès l’âge de neuf ans.

— Tu as des questions ?

— Oui, répondit-elle simplement. Pourquoi deux semaines ?

— Pour les pauses et les repas.

— Vous ne mettez pas deux semaines pour passer d’Aldavilos à Velensarn à chaque fois qu’il y a une urgence magique à régler, si ? Ni même une journée.

— Non, admit-il de mauvaise grâce, mais c’est particulier pour moi.

— Parce que vous êtes l’Okalisto ?

— Exactement. J’ai des moyens de déplacement qui me sont réservés.

— Lesquels ?

Elle paraissait vraiment curieuse, et Ademon ne voyait pas pourquoi il ne satisferait pas sa curiosité.

— Je peux me téléporter grâce à des Sanctuaires Magiques qui me sont exclusivement réservés. Je les emprunte uniquement en cas d’urgence.

— Pourquoi ?

— Ils sont… coûteux en énergie et difficiles à utiliser. Il y a déjà eu des Okalistos en fin ou en début de carrière qui sont morts à cause de ces portails. Soit parce qu’avec l’âge ils étaient affaiblis et imprudents, soit parce que leur inexpérience et leur ignorance leur ont coûté la vie.

— Et je ne peux pas les emprunter ?

— Non. Personne ne le peut à part l’Okalisto. Pas même les membres de l’Escouade Magique.

Elle hocha silencieusement la tête avant de soupirer profondément.

— Ne le prenez pas mal, mais… je n’ai pas vraiment envie de faire tout le trajet en moto.

Il n’eut pas le temps de répondre qu’un sifflement retentit dans ses oreilles. In extremis, il dégaina la grande épée qu’il avait à la ceinture et qui ne le quittait jamais –l’arme de l’Okalisto, transmise de génération en génération — et il brisa en deux la flèche qui lui était destinée. Il n’était pas le magicien le plus puissant de la planète ni le combattant le plus doué, mais il avait un instinct et des réflexes hors du commun grâce à son statut d’Okalisto. Il se plaça ensuite automatiquement devant Sadidiane et fit apparaitre un bouclier magique devant eux. Il n’avait pas matérialisé sa magie sous la forme d’un élément particulier, et le bouclier était neutre, destiné simplement à intercepter d’autres flèches, peut-être une ou deux balles, ou d’autres projectiles de cette nature. Il pourrait également supporter quelques attaques magiques d’intensité faible à moyenne, mais pas beaucoup plus. Ademon était assez lent au démarrage, quand il s’agissait d’utiliser sa magie, et cela lui avait été reproché un nombre incalculable de fois. Sadidiane se rapprocha instinctivement de lui, à la recherche de protection, et il voulut lui glisser un mot rassurant, sans succès. Il n’était pas doué avec les autres.

— Montre-toi ! aboya-t-il, le ton plein de menaces.

Pour cela, il était doué. Une boule de feu fut la seule réponse qu’il obtint, et elle traversa sans mal son bouclier. Heureusement, il était idéalement placé, et il encaissa seul le feu magique, préservant complètement Sadidiane et ce qui les entourait. La sensation de brûlure était atrocement désagréable, et il posa un genou à terre sous le choc. Trois personnes surgirent de nulle part, sortant des ombres comme si elles en étaient elles-mêmes. Ademon reconnut immédiatement l’un d’entre eux, qui ne pouvait qu’être leur chef : Darofrast Emkele, fils d’Elindya Emkele. C’était un homme d’environ trente-cinq ans, comme l’Okalisto, grand, large d’épaules, avec un regard extrêmement perçant et intelligent. Il avait la peau noire, des cheveux tressés ornés de perles, et ses iris oscillaient entre le vert et le marron selon l’angle de la lumière qui les touchait. Il tenait une longue épée à la lame fine, mais acérée, et dont l’aspect faisait penser à une flamme que l’on aurait solidifiée et taillée. Une arme magnifique, qui s’accordait bien avec la magie du Feu que pratiquait Darofrast. À ses côtés, il y avait un autre homme qui tenait un trident métallique d’apparence très simple et une femme avec un arc dont le bois était recouvert de très fines gravures élégantes. Ils portaient un pantalon et une tunique aux couleurs de leur Clan, soit du bleu et du vert. Ademon se releva rapidement, prêt au combat. Sa résistance à la magie était un autre de ses avantages uniques d’Okalisto. Même si elle était limitée.

— Que font des Akamorrs ici ? lança-t-il en masquant sa confusion.

La présence de trois Akamorrs en plein cœur de l’un des douze Royaumes était inhabituelle. Les Akamorrs étaient des humains qui n’en étaient plus vraiment. C’était de très puissants guerriers et magiciens qui avaient trahi l’humanité et rejoint les forces du Mal. Ils vivaient en communion avec la nature sauvage et magique de la planète, celle-là même qui cherchait à éradiquer leurs semblables. Ils étaient donc des magiciens particuliers, terribles à affronter. Ils vivaient tous dans les Zones Inhabitées, ces vastes étendues sauvages où aucune civilisation ne pouvait normalement s’établir et qui étaient considérées comme n’appartenant à aucun Royaume. Le Désert d’Ekelfran, qui étreignait Velensarn au nord, à l’ouest et au sud, était l’une de ces Zones Inhabitées. Tout comme les Terres Sauvages, à l’est, au nord et au sud du pays. Les Akamorrs étaient répartis en différents Clans, localisés différemment géographiquement parlant, toujours dans des Zones Inhabitées. Darofrast et les siens appartenaient au Clan Akaliost, localisé en plein cœur du Désert Ekelfran, au niveau d’une oasis légendaire et paradisiaque. Sa mère, Elindya Emkele, dont il était le second fils, était la cheffe du Clan Akaliost, réputée pour sa puissance et sa dangerosité. Le Clan Akaliost était, par ailleurs, considéré comme le plus puissant Clan et celui qui régissait les autres, même si certains Clans refusaient catégoriquement d’être mis en dessous du Clan Akaliost.

— Nous sommes ici pour te donner un avertissement, Okalisto. Nous viendrons chercher la Grande Prêtresse si tu ne nous la livres pas avant la Lune Bleue. Nous la retrouverons où qu’elle soit, même en plein cœur du siège du Conseil. Si nous devons tuer pour la récupérer, nous le ferons.

Sadidiane s’accrocha nerveusement au bras de l’Okalisto, qui fronça simplement les sourcils. Sa magie, toujours sous sa forme la plus simple, explosa avec l’intensité d’une bombe. Les trois Akamorrs l’avaient cependant prévu, et après trois bonds très rapides et parfaitement coordonnés, ils se retrouvèrent protégés derrière une barrière de Feu magique très intense. Ils avaient agi très vite, plus qu’Ademon ne l’aurait fait, en dépit de son instinct et de ses réflexes surhumains. Ils étaient dangereux, et il le savait.

— Qu’est-ce que vous lui voulez ?

— C’est notre affaire. Souviens-toi de mes mots.

Darofrast fit ensuite un léger signe de tête et aussitôt, ils se dispersèrent, disparaissant à nouveau dans l’ombre des ruelles adjacentes.

Il y eut ensuite un silence, lourd, durant lequel l’Okalisto restait sur ses gardes, l’adolescente toujours cachée derrière lui et accrochée à son bras. Il finit par se détendre, et il se retourna vers elle pour s’assurer qu’elle n’était pas blessée. Elle paraissait secouée, mais était plus calme qu’il ne l’aurait supposé. Lorsqu’elle lui demanda ce qu’il venait de se passer, il se contenta de grogner un « je t’expliquerai », avant d’entrer en profonde réflexion.
— Nous allons changer un peu nos plans, Sadidiane. Je ne vais pas te déposer tout de suite au siège du Conseil.

Elle écarquilla les yeux, pleine d’espoir, et cela lui fit mal au cœur. Pauvre gamine.

— Non ?

— Non. On va rester quelque temps là où je vis, si ça te va. Pour que je puisse veiller sur toi et m’assurer que personne n’essaye de te faire du mal. Je t’emmènerai au dernier moment à Aldavilos, pour le rituel de la Lune Bleue. Cela te convient ?

— Oui ! répliqua-t-elle hâtivement, ne voulant surtout pas lui laisser l’occasion de changer d’avis.

Elle voulait ces quelques semaines de liberté supplémentaire.
— Bien. Nous allons donc laisser tomber la moto et prendre le train qui traverse les Terres Sauvages, à l’Est puis au nord de Velensarn. Il y a souvent des incidents, mais je m’assurerai que le voyage se passe au mieux.

C’était mieux que de traverser la Route du Désert, au nord, le moyen le plus rapide d’arriver à Kalasol, le royaume où il vivait. Ils mettraient plus de temps, mais il pourrait mieux assurer la sécurité de la jeune fille.

— Le CMCM ne va pas être d’accord, si ?

— Je m’en occupe.

— Et votre moto ?

— Elle est à eux. Ils s’en occuperont. En route.

J’espère que ce premier chapitre vous a plu. N’hésitez pas à me faire des remarques ou à me poser des questions, je me tiens à votre disposition !

J’ai ajouté des petites anecdotes propres à Akalivan (visibles tout en bas de l’écran sur téléphone, en haut à droite sur ordinateur). N’hésitez pas, encore une fois, à me dire ce que vous en pensez !

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Alexis

« l’okalisto est le plus grand symbole de la lutte du bien contre le mal » Ok lui il va se faire tuer et ça sera la merde pour tout le monde ! XD

Ton histoire est sympa j’ai tout de suite accroché ^^ Tu donnes pas mal d’infos sur ton univers (qui semble riche) mais t’arrives à ne pas nous perdre ^^

Juste petit truc, les motos ça m’a un peu sorti du texte, je m’imaginais plus un univers médiéval à la base x) Tu pourrais peut-être décrire un peu plus ^^

Niveau descriptions des persos, essaye de faire dans l’action ça rendrait plus fluide mais c’est déjà bien ^^

Question, pourquoi avoir choisi de faire un site et non de mettre sur une plateforme comme Wattpad ?^^

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