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Le Contrat du Chocolat II – Chapitre 3

Cette histoire n’est pas destinée à un public jeune !

Dans cette histoire, il y a :

-de la violence gratuite (beaucoup)
-une énorme consommation de cannabis
-une énorme consommation de tabac
-des armes à feu et des armes blanches (trafic et utilisation)
du langage vulgaire

Bien entendu, je n’encourage ou ne cautionne aucune de ces choses-là !

Comme pour Le Contrat du Chocolat, il s’agit d’une histoire à prendre au second degré qui, je l’espère, vous amusera (au moins un petit peu !^^)

La Dernière Fois

Eclipse n’était pas vraiment impressionnée par la colère de son neveu. Elle était habituée aux coups de gueule de Canaille et là, en l’occurrence, il râlait vraiment pour rien.

— Tu ne m’as même pas prévenu, Tata ! je l’ai appris en même temps que Félix Mardoner alors que j’étais en face de lui ! Pourquoi tu m’as rien dit ?! Je bosse à l’Usine, tout ce qui concerne les Chats me concerne !

— Je ne t’ai rien dit car je doute de ton objectivité concernant les Chats, Canaille ! Depuis le quasi-fiasco de l’année dernière, tu passes beaucoup de temps à échanger avec eux, notamment et principalement Sweetie et Félix Mardoner.

— C’est n’importe quoi ! Évidemment que j’échange avec eux, je fais du business avec Félix et Sweetie est en couple avec Caoutchouc ! Ta nièce, au cas où tu l’as oublié !

Il était horriblement irrespectueux, et il faillit se dégonfler et présenter ses plus plates excuses, désespéré qu’il était toujours à l’idée de déplaire à sa tante. Cette dernière paraissait, de surcroît, ne pas apprécier du tout son comportement.

Canaille ne se dégonfla pas, cependant, et il décida de garder son attitude féroce. Il avait raison, elle avait tort, et il se ferait entendre !

— Cette attitude me prouve que j’ai raison.

Et cette réponse était si agaçante que Canaille eut envie de frapper un mur. Il poussa un grognement, très mécontent, et décida d’attaquer par un autre angle.

— Pourquoi tu as demandé aux Chats de s’occuper de Royal Kelensor ? Ils sont beaucoup moins habitués à ce genre de choses que nous !

— Nougat Mardoner a tiré sur Biscuit, nous sommes par conséquent au bord de la guerre avec eux ! Ils m’ont promis de faire n’importe quoi pour se faire pardonner, alors j’ai décidé d’en profiter pour régler le problème Kelensor. Même si c’était bien trop en attendre des Chats, je le reconnais.

— Mais pourquoi demander à Félix Mardoner d’y aller lui-même ?! Tu voulais le faire buter, ou quoi ?

Eclipse tiqua légèrement, mais elle demeura globalement impassible, presque illisible. Presque. Canaille fronça les sourcils. Elle voulait vraiment la mort de Félix ?!

— Mais pourquoi, tata ?! Il est pénible, mais on collabore bien avec lui, et il nous a sauvé la peau, l’année dernière !

Eclipse le fixa d’un air signifiant clairement « Tu es sérieux, là ? ».

— Félix Mardoner est une ordure manipulatrice qui a joué avec nous, Canaille. Il n’est pas fiable. Ses machines non plus, comme tu as pu le constater ces dernières semaines !

Il y avait eu, en effet, beaucoup de problèmes à l’Usine, mais rien qui entravait son bon fonctionnement.

— Il t’a envoyé face aux Garaendar tout seul, poursuivit Eclipse, alors qu’il leur avait fourni des armures de combat — ce qu’il a bien entendu oublié de t’indiquer. Il t’a envoyé vers une mort presque certaine, insista-t-elle, alors j’ai décidé de faire la même chose avec lui. Tu n’étais absolument pas censé intervenir, et encore moins entraîner Caoutchouc et Pacha avec toi !

Elle se montrait de plus en plus sévère et Canaille se sentit se dégonfler, malgré toutes ses bonnes résolutions. Il ne voulait pas déplaire à sa tante. Malgré leur réconciliation émouvante après tous les problèmes causés par l’alliance Reptiles-Gallinacées-Rats, une petite partie de lui craignait d’être renié une nouvelle fois.

— Je ne veux pas que tu te venges, marmonna-t-il quand même. Pense à Caoutchouc, elle est folle de Sweetie Mardoner et elle la perdra si on cause la mort de Félix ! Et Félix ne mérite pas de se faire massacrer par ce taré de Kelensor, vraiment pas !

Eclipse ne parut pas convaincue. Elle soupira profondément.

— De toute façon, les Chats ont échoué. Il va falloir qu’on se débrouille différemment — et ce « on » ne t’inclut pas, Canaille. Tu m’as demandé d’arrêter d’être au cœur de l’action, et je pense que c’était une très bonne idée. Tu vas donc retourner faire de l’excellent travail à l’Usine, et ne pas te préoccuper des Chats, de Félix Mardoner ou de Royal Kelensor.

—Tu comptes envoyer qui, pour serrer Kelensor ? Caesar ?

— Cela le guérirait peut-être de son addiction pour les réseaux sociaux.

— Mais pas de sa débilité ! Même sa mort, ça peut pas l’en prémunir !

Eclipse étouffa un léger sourire amusé, avant de reprendre tout son sérieux et de fixer un œil autoritaire sur son neveu adoptif.

— Obéis, Canaille. Et prends tes distances avec les Chats : notre grande histoire commune vient de prendre fin.

 

Félix avait la décence de paraître désolé alors que la femme d’Angel, Ortie, lui criait dessus allègrement, le tenant pour responsable de tout ce qui n’allait pas à Faunsinland, au sein du Clan et, surtout, chez son mari. Ortie était une solide Chatte bleu russe, très ronde avec de grands yeux verts aux pupilles cerclées de jaune. Elle et Angel étaient très amoureux, même s’ils se disputaient souvent de manière explosive, et ils étaient tous les deux parfaitement fidèles l’un envers l’autre — suffisamment rare au sein de la famille pour être noté. Ils avaient deux enfants ensemble, Dino et Sylvestre, qui étaient à l’hôpital avec leur père en ce moment même, sous l’œil attentif et bienveillant de Nuage.

— Je suis vraiment désolé, Ortie, réussit à placer Félix alors qu’elle reprenait son souffle. Pour me faire pardonner, je vais vous préparer ce séjour sur Terre dont vous rêvez depuis des années. Juste toi et Angel, en amoureux, comme une seconde lune de miel !

Ortie ouvrit la bouche, l’air toujours froncé, mais elle ne trouva pas la force de continuer à crier.

— Tu as intérêt à ce que ce soit un séjour de rêve, Félix Mardoner, ou je te jure que je vais te botter le cul !

Elle partit ensuite en grommelant, laissant le patriarche manger un peu de choco-cannabis, pensif. Sweetie entra à son tour dans le petit salon où Félix aimait recevoir ses invités, et son frère poussa un soupir exaspéré.

— Ma maison est un moulin, ou quoi ?!

— Tu n’as pas fait réparer la porte d’entrée, donc oui, c’est un moulin ! j’ai croisé une Ortie furibonde en arrivant, et je suis très étonnée de te retrouver en aussi bonne forme après son passage !

— J’ai des talents de négociateur qui font de moi le chef parfait de notre Clan, ma chère sœur !

Elle roula des yeux avant de venir s’asseoir sur l’accoudoir du fauteuil de son frère. Même en accomplissant une action aussi banale, Sweetie avait la classe. Félix ne pouvait que l’envier et l’admirer.

— J’ai été virée du tournage de Chatte Périlleuse.

Chatte Périlleuse, ou la série dans laquelle Sweetie tenait le rôle-titre, celui d’une espionne qui combattait des méchants sur Terre et Faunsinland. La série était extrêmement populaire au sein de Faunsinland, tout comme Sweetie. Félix lui-même était très fan de la série comme de sa sœur. Il se mit à rire.

— Très drôle, Sweetie, j’ai failli y croire ! Comme s’ils pouvaient te virer !

— Ils vont me remplacer par Scarlet Lextorn.

Scarlet Lextorn, une Renarde, actrice elle aussi. Félix se mit à rire deux fois plus fort.

— Elle joue comme une planche et n’a aucun charisme ! Quitte à mentir, trouve au moins une soi-disant remplaçante un minimum crédible !

Il continua à rire jusqu’à ce qu’il réalise que Sweetie, elle, n’était pas du tout amusée. Elle paraissait sérieuse, et Félix se tut, soudainement incertain.

— Je… c’est bien une plaisanterie, n’est-ce pas ?

— J’aimerais bien, soupira Sweetie. Mais avec la guerre qui s’annonce contre les Canins, les producteurs ont décidé que laisser le rôle-titre à une Chatte ferait mauvais genre, étant donné qu’on est considéré fautif du conflit. Et ce même si la série indique clairement dans son titre que l’héroïne est une Chatte, mais passons. La logique et les producteurs, ça fait souvent deux…

— Oh.

Il fallut quelques secondes supplémentaires au Chat pour qu’il intègre bien la bombe qu’elle venait de lâcher.

— NON !

Elle sursauta, mais il continua.

— Oh, ma sœur adorée, je suis tellement désolé ! Je vais tout de suite arranger cela en appelant Diablo et en lui expliquant que nous n’avons absolument pas essayé de tuer Luna Ondoriam !

Diablo désignait Diablo Zoarion, un Cheval, patriarche de la famille Zoarion et chef du Clan des Équidés. Les Équidés étaient en possession de toutes les plus grosses boites de production de films, séries, spectacles musicaux ou pièces de théâtre, et même si beaucoup de réalisateurs et d’acteurs étaient issus de Clans différents, tout reposait sur les épaules des Équidés dans ces domaines-là.

— Je lui ai déjà parlé, Félix, il a été intraitable.

— On a qu’à demander à Sasha ! Il était en couple avec la fille de Diablo, et ils filaient le parfait amour, il me semble !

Sasha Ovarnom, un Maine coon, star inégalable des réseaux sociaux, l’influenceur le plus influent de tous les influenceurs. En gros. Un bon ami de Félix, aussi, qui participait à toutes ses fêtes.

— Sasha l’a larguée il y a deux semaines. Il y a eu des tas de drama sur les réseaux à cause de ça. Comment tu as pu rater ça ?!

— Je ne passe que très peu de temps sur les réseaux, Sweetie.

— Tu as participé à leur création, et tu en détiens la plupart !

— Justement, c’est bien pour ça que j’y vais le moins possible ! Trop de toxicité, mais bref, là n’est pas le sujet ! Le sujet c’est : te rendre ton travail ! Et j’ai déjà un plan pour ça !

— J’ai hâte de l’entendre !

Elle n’était que vaguement sarcastique, preuve du désespoir qu’elle ressentait maintenant qu’elle n’était plus la star de Chatte Périlleuse.

— Je vais aller parler à Luna Ondoriam, la convaincre qu’on est innocent et que c’est forcément un coup des Volatiles, les Lapins reviendront en rampant vers nous et je ferai une grande fête pour célébrer ça !

Sweetie soupira.

— Ton plan c’est donc que tu n’as pas de plan, génial !

Félix lui lança un regard indigné, mais Sweetie ne lui laissa pas le temps de parler.

— Qu’est-ce qu’on va faire, Félix ? Tout le monde se retourne contre nous.

— Tu es inquiète ?!

Il semblait sincèrement sidéré par l’inquiétude pourtant bien justifiée de sa grande sœur. Cette dernière grogna — et même son grognement était élégant, bon sang !

— Évidemment que je suis inquiète ! Comment toi tu peux ne pas l’être ?!

Félix haussa les épaules, avant de manger un petit choco-cannabis en forme de fusil à pompe.

— C’est peut-être à cause de ta consommation abusive de cannabis, souffla pensivement sa sœur en l’observant.

Félix ne releva pas, se contentant d’esquisser un grand sourire.

— Cesse de t’inquiéter, je vais m’occuper de tout, chère sœur adorée ! Je t’assure que mon plan va fonctionner !

— Si tu dois t’exposer à du danger, appelle Canaille à l’aide, Félix.

— C’est un Lapin, je ne peux pas l’appeler.

— Il est de notre côté ! Team Caoutchouc jusqu’au bout !

— Il a déjà assez fait pour nous, je ne vais pas le déranger plus !

— Diamant et Angel étant non fonctionnels pour le moment, il ne va pas te rester grand-chose pour t’aider sur le terrain !

— J’ai mes drones !

— Si Kelensor te tombe dessus, ils ne vont pas beaucoup t’aider !

— Canaille non plus !

— Bien sûr que si et tu le sais ! C’est quoi ton problème avec Canaille, aujourd’hui ?! Ça ne te ressemble pas de laisser échapper la moindre opportunité de passer du temps avec lui ! Il s’est passé quelque chose ?

— Non ! Enfin, oui ! J’en sais rien !

— Tu en as soit trop dit, soit pas assez. Je t’écoute.

Félix grimaça, soudainement beaucoup moins tranquille.

— La dernière fois que j’ai vu Canaille, il s’est passé… un incident.

— Là, tu m’intéresses. Grandement. Continue.

Sweetie, Reine des Commères. Elle qui passait son temps à râler après les paparazzis et les magazines à scandales venait de revêtir sa casquette de chasseuse de scoop. Elle allait bientôt lancer son propre torchon à scandales, Félix pouvait voir la couverture d’ici !

Une fausse couverture de magazine noire. Le nom du magazine (Sweetie Magazine) est écrit en doré en haut de la page. Le titre principal est écrit en blanc, en bas, et est le suivant : "Il y a eu incident". Au-dessus, des images de chat et de lapin se font face, avec écrit à côté "Félix Mardoner" et "Canaille Guerindor". Les deux images sont séparées par un zigzag rose. Des petites bulles d'informations dorées donnent d'autres nouvelles : "Ruina et Moustique, le mariage en vue ?" / "Caesar choque en insultant Sasha !!" / "Scarlet Lextorn, une diva des tournages ?"

— La dernière fois qu’on s’est vu, avec Canaille, sans compter hier, bien évidemment, c’était il y a trente-trois jours.

— C’est plutôt précis, mais je suis presque sûre que tu serais capable de me donner les heures, les minutes et les secondes alors je ne vais pas demander !

— Ne m’interromps pas, c’est déjà assez dur comme ça, marmonna-t-il.

Il était décidément grognon, et Sweetie avait beau trouver cela adorable, elle demeura impassible, se contentant de s’excuser.

— Donc la dernière fois qu’on s’est vus, c’était il y a trente-trois jours. J’ai invité Canaille chez moi pour parler d’une proposition d’amélioration de l’une des machines de l’Usine…

— Pas de détails, pitié, je m’ennuie déjà !

— Arrête de m’interrompre !!

Elle s’excusa une nouvelle fois, jouant une sincérité qu’elle ne possédait absolument pas, et Félix reprit.

— Le problème, c’est que quand il est arrivé j’étais… un peu indisposé ?

— Indisposé ?

— Oui, j’étais… un peu… on peut dire malade, d’une certaine manière, oui…

— Tu étais torché, c’est ça ?

Il grimaça. Quelle vilaine formulation !

— J’avais peut-être pris un peu trop de cannabis avec un peu trop d’alcool, je l’admets. Je n’étais pas très attentif, et je crois que je riais beaucoup, et…

Il se tut, incapable de continuer.

— Et ?

— Et j’ai avoué mes sentiments ?

Il y eut un long silence.

— Tu me poses une question, là ?

— Oui ?

— Mais pourquoi ?! Tu lui as avoué tes sentiments, oui ou non ?!

—Je n’en sais rien du tout, je ne me souviens pratiquement pas de cette soirée ! Je suis certain d’avoir avoué mon petit béguin pour lui, mais…

— Tu parles de l’amour profondément sincère, aussi désespéré et désespérant que tu as pour lui ?

— Cesse de m’interrompre ! Donc je lui ai avoué mes sentiments, mais je ne m’en souviens pas, mais je suis quand même sûr qu’il a mal réagi !

— Comment peux-tu en être sûr, si tu ne te souviens de rien ?!

— Je me souviens de bribes ! Je lui ai avoué mes sentiments, et je sais qu’il a crié et qu’il est parti en claquant la porte. Je sais qu’il était furieux, et je le soupçonne d’avoir fracassé un de mes drones, mais ça, je suis moins sûr… ça peut être moi, aussi, vu que j’étais vraiment… indisposé.

— Tu lui en as reparlé, depuis ?

— Je ne l’ai pas revu depuis, comme je te l’ai déjà dit !

— Mais tu as son numéro, non ? Et pour le travail, au moins, tu as forcément dû interagir avec lui ?

— Non ?

— Comment ça, « non » ?

— J’ai interagi avec Cacahuète uniquement… J’ai quand même repris contact avec Canaille il y a quatre jours, via un message auquel il n’a jamais répondu…

Félix s’interrompit, baissant les oreilles tristement. Il avait vraiment gâché ses chances avec Canaille. Sa déclaration devait être trop bâclée pour le Lapin, ou peut-être qu’il s’était montré trop insistant après que Canaille l’ait recalé ? Impossible de se souvenir de ce qu’il s’était passé, tout ce qu’il savait, c’était qu’il avait tout gâché, et qu’il avait envie de pleurer.

— Félix, je pense qu’il faudrait que tu parles de ça avec Canaille. Directement.

Il nia de la tête. Le Lapin recommençait tout juste à le côtoyer, hors de question de le faire fuir une nouvelle fois.

— C’est pas une question, que je te pose, mais un ordre que je te donne ! Si tu refuses, je parlerai moi-même à Canaille !

— QUOI ?! NON !

— SI !

— TONTON ! TATA !

Les deux Chats firent volte-face alors qu’une chatonne au pelage silver tabby avec des yeux bleu clair arrivait en courant vers eux. Cette adorable petite s’appelait Opium, et il s’agissait de la benjamine de la famille Mardoner — et du troisième enfant de cet idiot de Nougat, auquel elle ressemblait physiquement. Mentalement, elle était beaucoup, beaucoup, beauuuuuucoup plus intelligente que son bon à rien de père. Elle vint faire un gros câlin à son oncle et à sa tante, avant de venir s’installer sur l’autre accoudoir, paraissant soucieuse.

— C’est vrai qu’on va se faire démolir la tronche par les Canins ?

La question fit grimacer les deux adultes.

— Je vais tout arranger, trésor, lança alors Félix. Tu n’as pas à t’en faire !

— Oh, je ne m’en fais pas, j’ai confiance en toi Tonton ! Mais j’ai peur que le tueur à gages te fasse la peau, Papa m’a dit plein de choses terrifiantes sur lui !

— Ton père t’a parlé de ça ?

Sweetie posait une question, l’air de rien, mais Félix la connaissait assez pour savoir qu’elle allait massacrer leur frère ainé s’il avait raconté trop de choses horribles à sa fille. Opium acquiesça avec enthousiasme.

— Il m’a raconté tout ce qu’on lui a raconté sur ce qui est arrivé à Diamant et Angel ! Et à ton drone, Tonton Félix ! Je sais que le tueur à gages fait de la magie et qu’il a utilisé de l’acide très corrosif ! Il a dû se fournir auprès des Lapins, c’est eux qui possèdent les usines de chimie !

Félix cligna des yeux. Opium n’avait pas tort : tout ce qui était du domaine de la chimie et du médicament relevait de l’alliance entre les Lapins et les Tortues. Les premiers étaient connus principalement pour le chocolat, mais ils avaient une grande expertise et un grand pouvoir dans le domaine de la chimie et de l’alimentaire de manière générale. Pour tout ce qui était médicaments et chimie, les Lapins faisaient alliance depuis très longtemps avec les Tortues, dont le Clan était en charge de tout ce qui était médical ou sanitaire à Faunsinland. Ils possédaient les hôpitaux, les cliniques et les pharmacies… Peut-être qu’en se renseignant auprès des Tortues, il pourrait trouver où le Dindon se fournissait et peut-être échafauder un plan pour le mettre hors d’état de nuire.

— Pourquoi les Lapins et pas les Tortues, ma princesse ? demanda-t-il par acquit de conscience.

— Les Tortues ne font pas d’acide ! Il n’y a que les Lapins qui font ce genre de choses, et ils les gardent pour eux !

Il y a peu de temps, Royal Kelensor avait été engagé pour tuer Mercure. Il avait également mis la main sur de l’acide provenant probablement des usines des Lapins. Conclusion logique : il y avait un Lapin traître !!

— Je crois que tu viens de m’offrir de belles informations, déclara alors Félix en esquissant un large sourire.

— C’est vrai ?!

— Oh que oui, mon trésor !

 

Eclipse avait formellement interdit à Canaille de se lancer à la poursuite de Royal Kelensor. Le Lapin avait, logiquement, décidé de se lancer à la poursuite de Royal Kelensor. Il se retrouvait ainsi en plein territoire des Rats, déterminé à en faire parler deux ou trois — car Royal Kelensor avait de grandes amitiés avec les Rats de ce quartier. Il avait fait une apparition musclée dans un bar qui servait clairement de rassemblement aux proxénètes les plus cotés du coin, mais malgré ses menaces et les tartes qu’il n’avait pas hésité à distribuer, il n’avait rien appris. En sortant du bar, il fit une rencontre inattendue et particulièrement déplaisante : une Rate qu’il ne connaissait que trop bien.

— Tiens, tiens, ne serait-ce pas cette espèce de salopard de Canaille Kellis ?!

— Ferme ta gueule, Sugar, sinon je te plombe ! Encore une fois !

Elle étrécit les yeux, très mécontente, mais le fusil que Canaille lui braqua sur la figure la persuada de tenir sa langue.

— Qu’est-ce qu’une raclure comme toi fait dans le coin ? Ne me tire pas dessus, je suis juste curieuse !

— Je cherche Royal Kelensor, tu le connais ?

— Tout le monde connaît Royal. Pourquoi tu le cherches ?

— À ton avis ?

Sugar esquissa un sourire malsain.

— Tu veux essayer de tuer Royal Kelensor ?

— Le capturer, ouais.

Elle eut un rire moqueur et Canaille dut se retenir de la descendre.

— Mais c’est encore mieux ! Royal va te mettre en pièces si tu l’approches, ça va être génial !

La Rate allait vraiment se prendre un plomb, à ce rythme-là ! L’air torve de Canaille ne brisa pas la bonne humeur de Sugar pour autant.

— J’ai une idée, Kellis : tu me donnes ton numéro et dès que je trouve Royal, je te préviens ! Une manière simple et efficace de me débarrasser de toi !

Canaille se retint une nouvelle fois de la plomber et il lui donna son numéro, parce qu’après tout, pourquoi pas ? Il n’avait pas vraiment de meilleure piste, et s’il était bien certain d’une chose, c’était que Sugar Estier voulait le voir mort. Elle n’hésiterait pas à l’envoyer au casse-pipe face à Royal, par conséquent. Son portable sonna, et le Lapin s’alluma une cigarette avant de répondre.

— Eyh, Sweetie, pourquoi tu m’appelles ? Y a un problème ?

— Félix est allé voir un Volatile louche à son domicile. Il y est allé tout seul, et il a beau me dire que tout ira bien, il a besoin d’une baby-sitter !

Canaille poussa un grognement. Il n’était pas le baby-sitter du chef du Clan des Chats, bordel !

— OK, j’arrive !

 

Félix sonna à la porte de la jolie maison d’Œdipe Vandiar. Œdipe Vandiar était un Pigeon, que Félix avait déjà rencontré plusieurs fois. Les deux Animaux ne s’appréciaient pas, Œdipe jalousant beaucoup Félix, qui était un inventeur bien plus brillant que lui. Et Félix, lui, n’allait pas apprécier quelqu’un qui ne l’appréciait pas. Nope. Jamais.

La seule exception, ce serait si Canaille ne l’appréciait pas.

Il se souvint de leur Dernière Interaction et mangea un choco-cannabis pour se distraire.

—QUI EST LÀ ?!

La voix, provenant de juste derrière la porte devant laquelle le Chat se tenait, le fit violemment sursauter.

— Œdipe ?! C’est Félix Mardoner ! J’aimerais vous parler, si vous avez deux minutes.

Le Pigeon émit un roucoulement pas du tout sympathique.

— ATTENDEZ DEUX MINUTES !

Félix obéit, recevant un message de la part de Sasha qui le fit sourire. L’influenceur lui demandait quand il réorganiserait une fête aussi démente que celle de l’année dernière, semblant totalement oublier que les Canins allaient démolir les Chats, avec le soutien de tous les autres Clans. Loin d’agacer Félix, cet oubli le mettait en joie : il y avait au moins une personne dans son Clan qui n’était pas inquiet, et c’était une jolie preuve de confiance !

Alors que le patriarche des Mardoner échangeait des SMS avec Sasha, il entendit un gros bruit métallique émanant de l’intérieur de la maison. Soudainement pris d’un doute, Félix se décala de l’axe de la porte. Quelques secondes plus tard, celle-ci fut fracassée par un projectile que le Chat reconnut comme étant un boulet de canon. Apparemment, Œdipe voulait jouer au pirate avec lui !

— JE VAIS TE FAIRE LA PEAU, MARDONER !

Félix poussa timidement ce qu’il restait de la porte fracassée. Œdipe se tenait bien au milieu de son salon avec un canon de pirate encore fumant à ses côtés. Il poussa un hurlement sauvage avant de dégainer un vieux revolver de cow-boy et d’ouvrir le feu vers le patriarche des Mardoner. Ce dernier eut la présence d’esprit de bondir sur le côté, évitant ainsi de se faire trouer la peau par le six coups du Pigeon. Rapidement, ce dernier fut à court de balles, et Félix l’entendit jeter son revolver à terre, puis plus rien. Une nouvelle fois, le Chat se risqua à jeter un coup d’œil à l’intérieur. Il poussa un miaulement paniqué et réussit à éviter de peu une nouvelle attaque, menée cette fois-ci à l’arc. Un véritable arc, en bois avec une corde, qui fit rapidement fuser une flèche à la pointe métallique acérée. Au-delà de l’inquiétude pour sa propre intégrité que Félix ressentait, il ne pouvait pas s’empêcher de se demander pourquoi Œdipe, connut pour sa grande intelligence technologique, l’attaquait avec des armes certes efficaces, mais totalement archaïques.

— Œdipe, calmez-vous ! Cessez de m’attaquer, je veux juste discuter !

Il y eut un silence complet.

— OK ! RAMENEZ-VOUS !

Félix poussa un soupir de soulagement, ignorant la vilaine petite voix mesquine qui lui hurlait : C’EST UN PIÈGE, GROS ABRUTI !! Dès qu’il fut dans l’encadrement de la porte, il se prit une flèche dans le bras. Il miaula de douleur avant de s’écarter, une fois de plus, de la trajectoire.

— BORDEL DE MERDE J’AI TROP MAL VISÉ !

Félix ne trouvait pas qu’il avait mal visé, mais alors pas du tout, et il fallut toute la force de sa volonté pour ne pas tourner de l’œil. La flèche traversait son bras de part en part, il y avait du sang partout et il avait mal, horriblement mal ! Quel cauchemar ! Ainsi Félix Mardoner allait-il s’éteindre, lui qui avait encore tant à donner au monde !

— Eyh, ça sonne super bien ! J’ai du génie, même au bord de la mort !

Il mangea un peu de choco-cannabis pour apaiser ses douleurs, et il se laissa glisser contre le mur, ayant la nausée et du mal à tenir debout.

— MARDONER ! RAMÈNE-TOI QUE JE TE FINISSE !

— Pourquoi vous ne sortez pas pour m’achever ?!

La question était plus que pertinente. Félix s’autocongratula mentalement, avant de pousser un miaulement de douleur.

— PARCE QUE TU VAS ME PIÉGER ! JE SUIS SÛR QUE TU AS UNE ARMÉE DE ROBOTS TUEURS QUI ATTENDENT QUE JE SORTE POUR ME DESCENDRE !

En cet instant, Félix se demanda pourquoi il n’avait pas, effectivement, ramené une armée de robots avec lui.

— La prochaine, je le ferai, promis, mais là je suis seul, blessé et désarmé !

Une petite voix, qui ressemblait étrangement à celle de Sweetie, le traita d’idiot.

— JE TE CROIS PAS !

Une voiture déboula alors en trombes dans la rue, et Félix se demanda vaguement s’il s’agissait de renforts destinés à l’abattre. Il avait trop mal et était trop fatigué, cependant, pour vraiment réagir. Lorsque Canaille sortit de la voiture, un fusil mitrailleur entre les pattes, Félix essaya aussitôt de se redresser — mais le résultat ne fut vraiment pas à la hauteur de ses espérances, et il retomba mollement au sol en miaulant de douleur. Canaille jura en allant le rejoindre.

— C’est quoi ce bordel ?!

— Œdipe est à l’intérieur ! Il a un canon, un six-coups et un arc ! Je suis touché ! Il ne veut pas sortir, même si je suis seul et sans arme ! J’ai mal ! Vous avez vraiment de beaux yeux !

Canaille fronça les sourcils, ayant du mal à tout enregistrer.

— Il s’appelle Œdipe ?

— Ouais, répondit Félix en rigolant. Ses parents devaient pas l’aimer !

—AVEC QUI TU PARLES ? TES ROBOTS TUEURS ?

Canaille poussa un soupir, déjà lassé par cette situation ridicule. Il entra par la porte et ouvrit le feu immédiatement, ne laissant pas le temps au Pigeon de lui décocher une flèche. Le Volatile hurla, terrifié, avant de se cacher derrière un canapé. Canaille grogna : pourquoi se cachaient-ils TOUJOURS derrière des canapés ?!

— Sors de là, Œdipe !

— JAMAIS ! JAMAIS VOUS NE M’AUREZ, VOUS M’ENTENDEZ ?! JAMAIS !!

— Arrête de gueuler, je suis même pas à un mètre de toi !

Il y eut un moment de flottement, et Canaille en profita pour faire le tour du canapé. Il désarma Œdipe de son arc d’un coup de pied bien placé, puis l’attrapa par la peau du cou, le faisant chouiner comme pas possible.

— NON ! ME LIVREZ PAS À MARDONER ! IL VA ME TUER !

Canaille jura et le frappa violemment à la tête, le mettant instantanément K.O.

— Je t’ai dit de pas gueuler !

Il l’attrapa par une jambe et le traîna sans mal jusqu’à l’extérieur de la maison, retournant ainsi auprès de Félix qui consommait de plus en plus de cannabis. Beaucoup trop de cannabis. Le Chat éclata de rire en voyant le Pigeon, puis il se mit à vomir.

— Je me sens pas très bien, Canaille, articula-t-il ensuite difficilement.

— Ouais, ouais, je m’en doute. On va aller à l’hosto.

Le Chat sourit bêtement avant de perdre conscience.

Voilà le chapitre 3 !

J’ai beaucoup aimé l’écrire, et j’ai un petit faible pour la scène de discussion entre Sweetie et Félix : je les trouve trop mignons, tous les deux, et j’adore les faire interagir !

La fausse couverture de magazine a été réalisée sur Canva.

À très vite pour le chapitre 4 ! 🙂

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