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Le Contrat du Chocolat – Chapitre 1

Cette histoire n’est pas destinée à un public jeune !
Dans cette histoire il y a de la vulgarité et de la violence gratuite. Beaucoup. Je ne cautionne pas.
Pas plus que je ne cautionne l’utilisation et le trafic d’armes.
Il y aussi un personnage important qui fume, mais je n’encourage pas du tout ça ! Fumer tue !
Et il y a de la drogue. De la consommation et du trafic. Je n’encourage évidemment pas ça non plus.
C’est une histoire à prendre totalement au second degré et qui, je l’espère, pourra vous tirer un sourire ou deux !

La fabrique de chocolat

Canaille était un adorable lapin de garenne, jeune et vigoureux, grand et fort, avec un pelage cendré uniforme et de très beaux yeux bleus-gris. Des enfants le pointèrent du doigt alors qu’il traversait un jardin public, mais ils le perdirent rapidement de vue derrière un regroupement de buissons. Il s’engouffra dans le petit terrier qui s’y dissimulait, et après la courte traversée de la galerie, il arriva devant un étrange interrupteur creusé dans le sol. Une patte de lapin y était dessinée, et Canaille posa l’une de ses pattes antérieures dessus. Il y eut un cliquetis et l’interrupteur s’enclencha. Le lapin fut téléporté, et sa vision se brouilla le temps du transport. Il récupéra rapidement son acuité visuelle alors qu’une voix robotique retentissait dans la petite salle où il se trouvait.

La compagnie des Aigles Voyageurs vous souhaite un bon retour à Faunsinland. Vos effets personnels se trouvent dans le casier derrière vous. La porte de sortie se trouve en face de vous. Nous espérons que votre voyage s’est bien passé et vous souhaitons une excellente journée.

Canaille ferma les yeux un instant et entama sa transformation. En quelques secondes, il passa du statut d’adorable petit lapin de garenne à celui de lapin humanoïde. C’était un lapin bipède, avec de grandes oreilles dressées, des pattes antérieures munies de mains griffues et des pattes postérieures très semblables à celles d’un humain. Il possédait toujours son pelage cendré sur l’ensemble de son corps et ses yeux étaient toujours ceux d’un lapin, sans blanc. En silence, Canaille récupéra ses vêtements dans son casier et il s’habilla rapidement, enfilant chemise et costume blanc et noir, élégant, mais voyant. Il sortit rapidement du box de téléportation et prit une cigarette dans la poche de son costume, qu’il alluma sans se gêner au milieu du hall d’entrée du bâtiment.

— Excusez-moi, monsieur ?

Canaille se retourna et toisa son interlocutrice. Une Pigeonne en tailleur avec de grandes lunettes rondes. Avec ses 1m95 de haut, Canaille la surplombait de deux têtes, et cela semblait intimider la femme.

— Je t’écoute, répondit-il sans chaleur.

— Vous… vous ne pouvez pas fumer à l’intérieur du bâtiment.

Canaille la fixa un long moment en silence.

— Je sors, de toute façon.

Il se détourna ensuite d’elle et sortit du bâtiment pour se retrouver dans le centre-ville très actif de Faunsinland. Sans s’attarder, il entra dans sa belle voiture de luxe et démarra en appuyant sans vergogne sur l’accélérateur, mettant en fond sonore un peu de hard rock pour se détendre. En arrivant en vue du ranch familial, Canaille reconnut un grand nombre de véhicules n’appartenant pas à sa famille. Il jura, mécontent, et referma brutalement sa portière. Il alla ouvrir son coffre et se saisit du fusil à pompe qui y gisait. Il le chargea rapidement et entra avec fracas dans sa propre maison. La salle de réunion du ranch, qui comportait notamment un grand fauteuil où seul le chef de famille pouvait s’asseoir, avait été investie par trois Reptiles — deux Crocodiles et un Serpent. Comme pour Canaille, ils possédaient une forme animale classique, mais leur forme native était celle de reptiles humanoïdes, recouverts d’écailles et, pour le Serpent, dotés de membres. C’était son cou qui avait hérité de la finesse et de la longueur de l’espèce à laquelle il était rattaché, pour le reste, il possédait un buste, des bras et des jambes tout à fait humanoïdes.

— J’avais reconnu vos voitures pourries ! s’exclama Canaille en braquant son fusil sur le Serpent.

Aussitôt, l’un des Crocodiles se tourna vers lui et le braqua avec son arme de poing. Eclipse, la cheffe de la famille Guerindor à laquelle appartenait le ranch, était assise sur son fauteuil. À ses côtés, possédant un fusil mitrailleur braqué vers les Reptiles, se trouvait Moustique, homme de main dévoué de la famille. Et c’était tout. Avant l’arrivée de Canaille, il y avait plus de Reptiles que de Lapins, et cette pensée le mit en colère.

— Tout va bien, Canaille. Ils allaient partir.

Eclipse était une Lapine de petite taille, à la fourrure complètement noire, à l’exception d’un cercle blanc qui entourait son œil gauche. Malgré un physique frêle, elle dégageait une grande autorité et suscitait l’admiration de tous les Lapins de Faunsinland.

— A la revoyure, les rongeurs ! lança alors le Serpent avant de tourner les talons, suivi par ses hommes de main.

Canaille hésita à lui faire sauter la cervelle, mais un claquement de langue désapprobateur le rappela à l’ordre et le poussa à se tourner vers Eclipse. Ils restèrent silencieux le temps de s’assurer que les Reptiles soient bien en train de partir.

— Où sont les jumeaux ? finit par lâcher furieusement Canaille.

— Aux putes.

— Moustique, ton langage !

— Pardon, Madame. Ils sont allés voir des prostituées, se crut-il obligé de repréciser.

— Mais quels petits cons ! Je vais les défoncer quand ils vont rentrer !

— Ils sont jeunes, il faut bien s’amuser.

— Je suis plus jeune qu’eux, Moustique ! Ils voulaient quoi, les Reptiles, Tata ?

Elle émit un son désapprobateur, et Canaille s’excusa avant de se racler la gorge et de saluer poliment sa tante. Il lui demanda ensuite comment elle allait et si elle avait passé une bonne journée. Ces politesses parurent la satisfaire et elle daigna enfin lui répondre.

— Ils venaient nous menacer. Comme souvent.

— J’aime pas ça. Pâques est dans moins d’un mois, je suis sûr qu’ils préparent quelque chose !

— Je suis de ton avis. Cela fait déjà plusieurs semaines que je les soupçonne de vouloir s’en prendre à nous.

— C’est toujours le cas, Madame.

— Je sais, Moustique, mais j’ai l’impression qu’ils préparent autre chose, un sale coup inhabituel. Il y a des rumeurs qui prétendent un rapprochement entre les Reptiles et les Rats.

Canaille fronça les sourcils. Un tel rapprochement était contre nature et inattendu, mais sa tante ne se trompait que rarement.

— C’est mauvais signe. Tu veux que j’aille casser quelques os du côté des Rats pour leur rappeler qui sont les patrons ?

— Je préfèrerais que tu ailles à l’usine, Canaille. Nous avons eu un problème de fabrication de cocottes en chocolat, ce matin, et j’aimerais que tu ailles voir.

— C’est pas Mercure qui s’occupe de ça, normalement ?

Mercure, le frère d’Eclipse et le père des jumeaux.

— Si, mais il est introuvable.

— Fallait me demander, Madame, moi je sais où il est !

— Vraiment ? Où est-il, alors ?

— Aux putes.

Canaille se frappa le front de la paume de sa main.

— Pourquoi tous les mecs de cette famille sont des obsédés sexuels ? J’ai raté quoi, moi ?

— T’as pas leurs gènes, ça doit être un truc qui se transmet !

— Merci Moustique pour tes éclaircissements, intervint d’un air blasé Eclipse. Canaille, va à l’usine pendant que je décide de ce que je vais faire de nos trois pervers débiles !

Alors qu’il allait obtempérer, Comète surgit dans la pièce, visiblement furieuse. C’était une grande lapine pulpeuse, vêtue d’une robe rouge moulante qui s’accordait bien avec son pelage blanc immaculé.

— OÙ EST MON MARI ?!

Son mari était Mercure, et Canaille grimaça.

— Il est aux p…

D’un claquement de langue, Eclipse intima le silence à Moustique.

— LAISSE-LE FINIR !

— Redescends, Comète, ou je te jure que je te coupe une de tes jolies oreilles !

Elle se tut instantanément devant le sérieux de sa belle-sœur qui focalisa son attention sur Canaille.

— Mon grand, va à l’Usine. Parle avec Cacahuète qu’il t’explique ce qu’il s’est passé !

— OK, Tata ! J’y vais ! Bon courage, ajouta-t-il en désignant Comète d’un léger signe de tête.

Eclipse soupira. Quelle journée moisie !

Cacahuète était un lapin de petite taille avec de grandes lunettes rectangulaires. Son pelage brun comportait quelques taches blanches, et il avait de grands yeux noirs. Il avait accueilli Canaille sur le parking de l’Usine, avec toute la déférence du monde, ce qui avait beaucoup agacé l’intéressé. Il le trouvait pathétique et méprisable et avait une furieuse envie de lui mettre des baffes. Après réflexion, Canaille attrapa Cacahuète par les oreilles et lui colla une claque.

— Pourquoiiii ? pleurnicha aussitôt le Lapin.

— Tu m’agaces ! Parle-moi des cocottes en chocolat, et grouille-toi, j’ai pas la journée !

— Venez, monsieur Guerindor, parlons à l’intérieur de l’Usine !

Avant de poursuivre ce trépidant récit, une petite explication s’impose pour répondre à la question que l’univers tout entier se pose :

C'est quoi l'Usine ?

L’Usine est le plus grand lieu de fabrication de chocolat de l’univers. Elle emploie des centaines de Lapins et, depuis les accords passés avec les Chats, elle est à la pointe de la technologie.

Son origine remonte à plusieurs siècles, lorsque les Lapins ont décroché le Contrat du Chocolat avec la Terre. Le signataire et meneur principal des négociations était Bandit Guerindor, l’ancêtre des Guerindor actuels, les chefs du peuple Lapins. Au moment de cet accord, l’humanité traversait en effet une crise majeure : celle de la Pénurie du Chocolat.

Eh oui, contrairement à ce que l’on croit, cela fait très longtemps que le cacao a disparu de la Terre. Sa disparition a été causée par une attaque de dinosaures extraterrestres vouant une haine absolue aux cacaotiers et à leurs fèves. (C’est une blague. C’est les humains qui ont causé la disparition du cacao. Tout ce qu’ils touchent, ils le démolissent, ces enfoirés !)

L’humanité, sans son chocolat, pleurnichait à tout va, et Bandit a flairé la bonne affaire ! Les Lapins, faibles, misérables, méprisés des autres peuplades de Faunsinland, ces petites boules de poils adorables et trop mignonnes allaient enfin connaitre la gloire et la prospérité !

Bandit a alors pris contact avec les chefs d’État et les grands entrepreneurs du monde entier, et il leur a proposé de leur fournir tout le chocolat de leurs rêves en échange d’or.

Conscient que l’existence de Faunsinland devait rester un secret pour l’humanité, sous peine de devoir leur faire la guerre (parce que ces bâtards d’humains font toujours la guerre à tout ce qui bouge), Bandit a pris contact avec la cousine du frère du meilleur ami de la sœur du beau-père de son oncle, une puissante sorcière Lapine ayant conservé les pouvoirs des anciens temps (quand il y avait encore de la magie, il y a looooongtemps). Grâce à la sorcière, prénommée Belle, Bandit a pu fixer ses règles aux humains :

—Ils oublieront tout de la Pénurie du Chocolat, de la disparition du cacao, de l’existence même de Faunsinland et croiront que tout vient de leurs propres ressources. Seule la présence d’un Faunsinlandien leur réactivera la mémoire, le temps de parler livraison et paiement, puis elle sera à nouveau effacée lorsque le Lapin sera hors de vue.

—Les livraisons de chocolat et de fèves de cacao brut seront régulières et suffiront à assouvir les besoins de l’humanité tant que le paiement sera correct et fait en or.

Les Accords du Chocolat initiés par Bandit furent une véritable révolution pour les relations entre Faunsinland et la Terre, ainsi que pour les Lapins, qui passèrent de peuple méprisé à peuple adoré.

La légende raconte que Bandit Guerindor aurait prononcé cette célèbre phrase :

« Avant, on devait payer pour copuler ! Maintenant, on nous paiera pour copuler ! »

(Contrairement aux apparences, cette phrase n’annonçait pas que les Lapins allaient tous se prostituer. Par ses mots, Bandit voulait simplement dire que les Lapins allaient devenir LE peuple le plus aimé et désiré de Faunsinland.)

Le plus grand événement chocolatier du monde est Pâques. C’est à cette occasion que l’Usine fonctionne à plein régime, afin de pouvoir fabriquer des œufs à foison et des cocottes par millions. Chaque année, cette fête rapporte une immense somme d’argent aux Guerindor, qui la distribuent ensuite aux autres Lapins.

Voilà, vous savez ce qu’est l’Usine !

Cacahuète était l’actuel directeur de l’Usine, et Canaille ne l’appréciait pas. Trop soumis, trop misérable et trop incompétent par moment. Eclipse le maintenait en place pour sa loyauté et sa fidélité, et elle passait son temps à enguirlander son neveu lorsqu’il critiquait ou malmenait Cacahuète. Ce dernier mena Canaille jusqu’à son bureau, laissant le jeune Guerindor peu impressionné par la titanesque Usine dans laquelle ils se trouvaient. Canaille était déjà venu ici des milliers de fois, son émerveillement en avait donc pris un coup.

— Il y a eu un… problème lors de la fabrication des cocottes en chocolat.

— Je suis déjà au courant, sinon je ne serais pas là, alors crache le morceau !

— Je vais vous montrer…

Il ouvrit un tiroir de son bureau, et en sortit une boite métallique. Canaille la lui arracha des mains et regarda directement à l’intérieur.

— C’est quoi, ça ?

— L’une des cocottes en chocolat produites ce matin.

— C’est un flingue en chocolat ! Depuis quand tu confonds les poules avec des flingues ?

— C’est le problème dont je voulais vous parler ! Apparemment, on s’est trompé de moule, et on a gaspillé énormément de chocolat et de temps en produisant des centaines de pièces défectueuses ! Et je ne comprends pas d’où peut venir l’erreur, c’est une première !

— Ta gueule ! Laisse-moi réfléchir deux secondes avant de te répondre !

Immédiatement, Cacahuète se tut, les oreilles dressées sous l’effet de la peur, et Canaille faillit lui remettre une baffe.

— Quand tu dis « on s’est trompé de moule », ça veut dire qu’on a vraiment des moules destinés à faire des flingues en chocolat ?

— Oui ?

— Tu questionnes ou tu affirmes, là ? Je te souhaite que ce soit la deuxième option !

— J’affirme ! Oui, on a des moules qui permettent de faire des armes à feu en chocolat ! Pistolets, fusils, et même des canons !

— Mais on vend ça à qui ?! J’ai pas le souvenir d’avoir vu des humains passer ce genre de commande.

— Eh bien, ça me surprend, quand on voit certains humains… Mais ce n’est pas pour des humains ! Comme vous le savez, on vend parfois nos chocolats en local, et les Chats adorent les chocolats en forme d’armes à feu !

— Hein ? Qu’est-ce que tu me chantes ?!

— Je vous assure ! Félix Mardoner, le patriarche de la famille Mardoner, la famille dirigeante…

— Ouais, je sais qui c’est, merci !

— Pardon !

— Couine pas et continue !

— Félix Mardoner donne souvent des soirées pour célébrer les succès des Chats dans le domaine de la haute technologie ! Comme vous le savez, on est en contrat avec eux et en échange de leurs équipements, ils peuvent avoir autant de nos chocolats qu’ils veulent, tant qu’ils les paient au prix fort ! On ne limite pas la quantité qu’on leur vend, contrairement aux autres clans !

— Et donc ? Accélère tes explications, c’est vraiment long !

— Et donc nous lui fournissons des armes à feu faites en chocolat et fourrées au cannabis pour ses fêtes. Généralement, il commande des tonnes de chocolats !

— Du cannabis ? On fout de la drogue dans notre chocolat ?!

— Seulement quand c’est Félix Mardoner qui commande !

— Mais tu fais bien gaffe pour le reste, hein ? Tu vas pas nous fourrer des œufs de Pâques avec de la coke, ou une merde dans le genre ?!

— Bien sûr que non, on… on ne fait jamais d’erreurs !

— Je suis là pourquoi, déjà ?

Cacahuète perdit quelques poils et se mit à trembler, se souvenant brutalement que oui, il y avait eu une erreur, il y a quelques heures à peine.

— Mais c’est sûrement un sabotage, pas une erreur ! On ne fait jamais d’erreur, ici !

— Déjà, vous en faites un tas, alors arrête de mentir ! Ensuite, d’où tu viens parler de sabotage ? Tu te rends compte de la gravité de tes accusations ? Si tu désignes un de tes employés en tant que saboteur, je vais le descendre ! Et s’il s’avère innocent, ce sera de ta faute et c’est toi que je descendrai !

— Non, pitié !

Il se jeta au sol en suppliant et Canaille eut un instant de mort cérébrale. L’envie de lui mettre un coup de pied surpassa le choc initial, et le Guerindor ne s’en priva pas. Cacahuète décolla de plusieurs mètres en arrière et alla s’écraser contre le mur, sur une étagère pleine de papiers qui l’accompagnèrent au sol lorsqu’il retomba dessus. Canaille grimaça, se sentant un peu coupable. Il ne voulait pas le tuer non plus, et là, il y était allé un peu fort.

— Euh… ça va ? T’es encore en vie ? Cacahuète ?

Canaille approcha du corps inerte et le bougea un peu du bout du pied.

— AAAAAAAH ! hurla brutalement Cacahuète en se relevant d’un coup, faisant sursauter l’autre lapin. JE VAIS PARLER ! Il s’appelle Galipette, c’est un connard qui pense avec son pénis et qui couche avec une Rate ! Je n’ai pas de preuves, mais je suis sûr qu’elle l’utilise et qu’elle l’a poussé à nous saboter parce que les Rats et les Reptiles sont sur le point de s’allier d’après Madame Eclipse et ils veulent sûrement foutre en l’air notre préparation de Pâques !

— OK, respire maintenant !

Cacahuète prit une grande bouffée d’air frais, comme un apnéiste sortant de plusieurs heures de combat contre les fonds marins.

— Tu penses que c’est ce Galipette qui a fait le changement de moule ?

— Oui !

— Il est où ce Galipette ? J’aimerais lui parler un peu.

— Je… je ne sais pas où il est, il est introuvable depuis des heures ! Ne me tuez pas, pitié !

— Je ne vais pas te tuer, tu… c’est du bon travail, Cacahuète !

Canaille lui tapota un peu l’épaule et se força à lui faire un gentil sourire, ce qui parut choquer profondément le directeur de l’Usine.

— Vous… C’est vrai ?

— Oui, je… je suis trop dur avec toi parfois.

Cacahuète perdit immédiatement connaissance devant cette gentillesse inédite, inattendue et pas naturelle du tout. C’était trop pour son pauvre petit cœur.

— Tu me fais quoi là ? Cacahuète ? Debout !

Voyant que le directeur demeurait inconscient au sol, Canaille vit rouge.

— TU TE LÈVES IMMÉDIATEMENT OU JE TE JURE QUE JE T’ARRACHE TES DENTS UNE PAR UNE ET QUE JE TE FAIS BOIRE TA PROPRE CERVELLE AVEC UNE PAILLE !

Cacahuète se réveilla immédiatement et sourit, infiniment soulagé.

— Vous êtes de nouveau normal !

Canaille hésita un instant à le réduire en purée, mais il préféra ne pas s’attarder : il avait du travail.

— Je vais retrouver Galipette, on va discuter tous les deux.

— Attendez ! avant que vous ne partiez, je… je fais quoi pour les armes en chocolat ?

— Tu peux pas les refondre et en faire des vraies cocottes ?

— Euh… non. Ne me frappez pas !

Il leva ses bras devant sa tête en signe de protection, et Canaille soupira, exaspéré par cet échange qui s’éternisait.

— Pourquoi non ?

— Le cannabis !

— Hein ?

— Eh bien, du cannabis a été automatiquement ajouté au chocolat, c’est la procédure lorsqu’on utilise ces moules-là…

— En pleine préparation de Pâques, alors qu’on n’accepte plus aucune commande autre, même venant des Chats, tu veux me dire que des centaines de Lapins ont pensé qu’on allait doser le cannabis dans nos produits, majoritairement destinés à des gosses, en plus ?

— Euh… on ne sait jamais, les humains sont si imprévisibles, ils auraient pu changer leurs demandes…

— Combien ça fait de chocolat ?

— Une… ou deux tonnes ?

— COMBIEN ?!

Cacahuète glapit et se recroquevilla sur lui même, attendant la baffe qui n’allait pas manquer de l’atteindre.

— Vous avez transformé deux tonnes de chocolat en flingues pleins de cannabis sans vous poser de questions ?! Je me casse d’ici, c’est pas possible, j’ai pas envie de devenir aussi con que vous ! Je vais même pas t’éclater la tête, ça suffira pas à calmer mes nerfs ! Je me tire !

— Mais, du coup, on le refond et on en fait des cocottes ?

— Oui, bien sûr, ça va égayer un peu Pâques ! Faites des œufs, aussi, comme ça la chasse aux œufs se terminera par une super cannabis-party pour enfants, avec du jus de pomme bien corsé pour pimenter encore plus le truc ! On pourrait même cacher dans l’un des œufs un ticket permettant un accès gratuit à un centre de réhab ! Ça rajouterait un petit côté concours bien sympathique !

— Est-ce que c’est ironique ?

— D’APRES-TOI ?!

— Pitié ! Mais du coup, c’est vraiment ironique ? J’ai peur de mal vous comprendre et de vous énerver encore plus !

Canaille le fixa d’un air torve.

— C’est ironique, répondit-il finalement d’un air fatigué. Appelle Félix Mardoner et essaie de lui vendre tes armes-choco-cannabis.

Il partit ensuite en claquant la porte de toutes ses forces.

Voilà le premier chapitre du Contrat du Chocolat ! Comme vous pouvez le constater, c’est à prendre au dixième degré !
J’espère que vous avez apprécié ce chapitre et on se revoit vite pour la suite ! 🙂

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