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Le Contrat du Chocolat – Chapitre 2

Cette histoire n’est pas destinée à un public jeune !
Dans cette histoire il y a de la vulgarité et de la violence gratuite. Beaucoup. Je ne cautionne pas.
Pas plus que je ne cautionne l’utilisation et le trafic d’armes.
Il y aussi un personnage important qui fume, mais je n’encourage pas du tout ça ! Fumer tue !
Et il y a de la drogue. De la consommation et du trafic. Je n’encourage évidemment pas ça non plus.
C’est une histoire à prendre totalement au second degré et qui, je l’espère, pourra vous tirer un sourire ou deux !

La balle de trop

Canaille gara sa voiture devant la maison de Galipette, et il soupira profondément en constatant qu’Eclipse lui avait vraiment envoyé du « renfort ». Pacha, Biscuit et Caesar. La fine équipe au complet. Pacha et Biscuit étaient les fameux jumeaux mentionnés plus tôt, et ils étaient monstrueusement énormes. Ils ne faisaient que quelques centimètres de plus que Canaille et pourtant, ils devaient peser le double de son poids. Ils partageaient tout leur temps entre la salle de musculation et les maisons closes, et cela se voyait sur leur physique. Ils étaient également dotés d’un cerveau inversement proportionnel à leur gabarit, et Canaille était déjà fatigué rien qu’à l’idée de les supporter. Caesar, lui, était l’enfant parfait de la famille et celui qui prendrait un jour la place d’Eclipse. Il était son neveu, comme les jumeaux, mais par le biais de son frère Cactus —et non Mercure. Il était à l’image de Cactus et Duchesse, sa mère : arrogant. Il était assez grand, lui aussi, mais moins que ses cousins ou que Canaille. Il était aussi et surtout bien plus raffiné, avec ses beaux vêtements hors de prix. C’était un lapin blanc comme la neige, avec de beaux yeux verts. 

— Ah, Canaille, mon faux membre de la famille préféré !

Caesar n’avait jamais supporté l’inclusion de Canaille dans la famille.

— Ta gueule, Caesar ! Le type est à l’intérieur ? Vous l’avez attaché ? Assommé ?

Il y eut un silence.

— Donc vous êtes juste restés devant sa baraque sans rien faire ?

— J’étais trop occupé à regarder toutes les photos de moi sur les réseaux, et crois-moi, ça vaut le coup d’œil.

Caesar était un lapin extrêmement populaire auprès des humains. Sous sa forme non bipède, évidemment, il était très, très, très souvent pris en photo par des enfants, des adolescents ou des adultes qui croisaient son chemin. À Faunsinland, il était considéré comme étant l’un des animaux les plus mignons existants, même s’il était loin d’égaler Sasha Ovarnom, un Maine coon magnifique, star des réseaux sociaux, influenceur inégalable.

— Je vais sonner, grogna Canaille.

Il joignit le geste à la parole, assassinant du regard les jumeaux qui s’étaient mis à rire de manière stupide, réagissant à une blague faite par l’un d’eux. À cause de leur rire, Canaille faillit ne pas entendre le bruit métallique juste derrière la porte.

— À couvert ! hurla-t-il en se jetant sur le côté.

Immédiatement, le bruit d’un fusil mitrailleur retentit et la porte fut ravagée par les balles.

— JE VAIS VOUS BUTER !

Canaille se releva, dos collé contre le mur, en dehors de l’axe de la porte. Un regard circulaire lui apprit rapidement que ses cousins étaient tous cachés derrière leurs véhicules, et il faillit pousser un sifflement admiratif. Quand il s’agissait de se cacher, ces trois-là étaient d’une rapidité inégalable.

— Arrête tes conneries, Galipette ! s’écria Canaille. Sors de là, on veut juste te parler !

— NON ! VOUS VOULEZ ME TUER !

— ET ON VA LE FAIRE, FILS DE PUTE ! répliqua Caesar.

Canaille faillit applaudir son cousin pour ses incroyables capacités de négociation. Il visualisa immédiatement une carte de visite pour Caesar, histoire d’annoncer la couleur.

Définitivement, Canaille allait l’imprimer dès qu’il en aurait le temps. Galipette se remit à tirer, et cette fois, Pacha et Biscuit répliquèrent. En tirant vers la maison et donc vers Canaille. Il se déplaça rapidement vers le côté de la maison, frôlé par les balles de ses alliés. Il allait les massacrer. Honnêtement. Canaille avait toujours eu des envies de meurtre envers les jumeaux, dont la stupidité était si grande qu’elle en devenait insultante pour l’ensemble des êtres vivants de l’univers, mais là, il allait assouvir ses envies. Il allait les mettre en pièces et utiliser leurs tripes en tant que guirlandes pour décorer la maison des Guerindor. Tant pis si Eclipse décidait de le tuer pour cela, ça en valait la peine. Mais pas pour l’instant. Pour l’instant, il fallait trouver discrètement une entrée et mettre Galipette hors d’état de nuire. Après, il massacrerait Pacha et Biscuit. Les jumeaux n’arrêtaient pas de tirer, et Canaille était presque certain qu’ils étaient les seuls à tirer : Galipette ne répondait plus pour le moment. Il doutait cependant que ses idiots de cousins aient réussi à l’abattre. Canaille fit le tour de la maison, et il décida de passer par la fenêtre de la cuisine déserte qui s’offrait à lui. Il brisa la vitre et entra souplement, dégainant le pistolet qu’il avait à la ceinture. Les détonations continuaient à retentir, Pacha et Biscuit étant apparemment déterminés à dépenser le budget annuel de munitions de la famille Guerindor. Prudemment, Canaille sortit de la cuisine pour arriver dans le salon, mais il ne s’engagea pas dans la pièce, car certaines des balles des jumeaux arrivaient à passer. Son regard se posa assez rapidement sur Galipette, qui se cachait derrière son canapé en tenant son fusil mitrailleur contre lui comme s’il s’agissait d’une peluche rassurante et non d’une arme à feu. Il n’avait probablement plus de munitions, ou alors il avait fini par prendre peur face aux tirs incessants des jumeaux. Tranquillement, Canaille sortit une cigarette et l’alluma, alors que Galipette prenait conscience de sa présence et écarquillait les yeux en l’observant. Il glapit et braqua son fusil mitrailleur vers lui, mais Canaille se contenta de prendre appui contre le cadre de la porte, parfaitement tranquille.

— Ils peuvent tenir éternellement, lança Canaille à l’autre lapin.

Une balle traversa le canapé et frôla Galipette, qui se jeta à plat ventre à terre.

— Si tu te rends, je leur dirai d’arrêter !

Une balle explosa un vase, miraculeusement épargné jusqu’à présent, et Galipette poussa un long cri de désespoir.

— C’EST UN CADEAU DE MA MERE !

Il poussa un nouveau cri, plein de rage cette fois-ci, et il rampa sur le sol rapidement pour éviter les balles. Il rampait vers Canaille, qui l’observa faire en fumant, interloqué. Galipette finit par atteindre Canaille, et il se releva en hurlant, utilisant son fusil comme une matraque pour attaquer Canaille. Il devait faire quarante centimètres de moins que lui, mais le Guerindor ne pouvait qu’admirer son courage. L’admirer et lui mettre une claque. Le pauvre Galipette décolla plusieurs mètres en arrière, servant de serpillière dans sa propre cuisine, mais étant au moins à l’abri des balles. Canaille essaya ensuite d’appeler Pacha, puis Biscuit et enfin Caesar, sans succès. Il rangea son smartphone en soupirant profondément, avant d’attraper Galipette par les oreilles. Il refit le même circuit qu’il avait fait pour entrer, trainant cette fois son prisonnier derrière lui. De retour à proximité des jumeaux et de Caesar, Canaille eut un instant de mort cérébrale. Caesar était caché derrière sa voiture, occupé à consulter ses réseaux sociaux grâce à son téléphone, tandis que Pacha continuait à arroser la maison. Il avait plusieurs fusils posés à terre, à côté de lui, et probablement déjà chargés pour pouvoir continuer à tirer en continu pendant que Biscuit était occupé à autre chose. Et quelle autre chose : il était tout simplement en train de se positionner avec un lance-roquettes sur l’épaule.

— BISCUIT, FAIS PAS LE CON !

Le Lapin tira avant d’avoir vraiment entendu son cousin.

— MA BARAQUE ! hurla Galipette, horrifié, alors que Canaille l’entrainait avec lui le plus loin possible de l’impact.

Cet abruti de Biscuit avait en plus visé vraiment proche d’eux. Canaille et Galipette se retrouvèrent plaqués au sol par le souffle et tout devint brutalement silencieux.

— T’as merdé, frangin ! lança alors Pacha. Eh, Canaille, t’es vivant ?

— Je vais tellement les buter, grogna-t-il en se relevant.

Il avait protégé et écrasé tout à la fois Galipette, qui couinait au sol en les insultant copieusement.

— Allez, on l’embarque, ordonna Canaille. CAESAR !

L’interpellé sursauta et rangea son téléphone rapidement, avant de se relever et d’épousseter son costume de luxe.

— Allons-y, déclara-t-il comme si son avis était attendu et nécessaire.

Canaille grogna, mais ne fit pas de commentaire.

Galipette déglutit alors qu’Eclipse le fixait en silence. Cela faisait dix minutes qu’ils étaient assis face à face et la cheffe de la famille Guerindor se contentait de le regarder sans un mot. Canaille et Caesar étaient debout derrière elle, tout aussi silencieux.

— Je ne suis pas un traitre, lâcha-t-il finalement.

Sa voix n’était pas aussi ferme qu’il l’avait souhaité. Lorsque Canaille fit un mouvement, il ne put pas s’empêcher de sursauter. Pourtant, le grand Lapin se contentait d’allumer une cigarette. Le silence continua à régner pendant de longues minutes, jusqu’à ce que Galipette craque complètement.

— Je vous dirai ce que vous voulez, d’accord ? Mais s’il vous plait, ne me faites pas de mal !

Les trois Lapins l’observèrent en silence, sans répondre, et il eut envie de pleurer.

— J’ai agi sans réfléchir, par amour ! Comme un personnage de tragédie grecque !

Canaille leva un sourcil, montrant clairement que le charabia de Galipette le laissait sceptique tout en l’ennuyant.

— Elle est belle, vous savez ! Ma copine ! C’est la plus belle femme de tous les temps ! Elle m’aime à la folie, et je l’aime en retour ! Mais les Rats sont mal traités, alors que nous, les Lapins, on a tout ! Elle voulait juste voir les Lapins galérer un peu, comme les Rats ! Alors j’ai fait un petit sabotage mineur, rien de méchant ! Et après, quand vous êtes venus me voir chez moi, j’ai… j’ai paniqué ! Tout le monde sait que les jumeaux Guerindor sont des brutes…

Il écarquilla les yeux en se rendant compte des critiques qu’il faisait devant la tante des jumeaux en question, et il bafouilla des excuses pitoyables.

Finalement, devant le silence persistant, Galipette passa à table. Canaille pouvait presque visualiser son bavoir, sa fourchette et son couteau tant il se montrait coopératif. Il leur donna le nom, l‘adresse et même le lieu de travail de sa copine, et Eclipse échangea un regard discret avec Canaille. La Rate s’appelait Sugar Estier et ils la connaissaient tous les deux. C’était une séductrice et une manipulatrice qui utilisait ses charmes pour semer la zizanie dans les différents clans d’animaux depuis des années. Elle était proche d’Angus Voltram, patriarche de la famille Voltram, la plus puissante famille de Rats de Faunsinland qui tirait son argent et sa réputation de la prostitution de luxe qu’elle organisait. Eclipse, Canaille et Caesar quittèrent la pièce sans prononcer un mot, laissant les jumeaux et Moustique s’occuper du prisonnier. Ils allaient le saucissonner, le menacer et le brutaliser un peu en attendant de savoir ce qu’Eclipse voulait faire de lui.

— C’est qui, Sugar Estier ? demanda Caesar.

— Une ordure, répondit Canaille.

— Il faut lui soutirer des informations. Savoir précisément quelles sont les intentions des Rats et ce qu’ils ont à gagner en s’en prenant aussi frontalement à nous.

— OK, Tata, je vais aller la voir.

Caesar poussa un son de dédain à l’entente du mot « Tata ». Pour lui, Canaille n’était pas membre de la famille et ne le serait jamais. C’était juste un homme de main dévoué. Il était jaloux de sa proximité avec Eclipse, et sa sœur, Caoutchouc, avait même déjà dit à Canaille que Caesar craignait qu’il essaie de prendre sa place en tant qu’héritier d’Eclipse. Caoutchouc, malgré son comportement de princesse capricieuse et pourrie gâtée, acceptait bien Canaille au sein de la famille. Comme les jumeaux, d’ailleurs. Tous les autres étaient plus réservés, voire carrément désobligeants avec lui, comme Caesar ou Topaze, la grande sœur des jumeaux.

— Caesar ira avec toi.

— C’est vraiment pas la peine, protesta immédiatement Canaille.
— Il saura se débrouiller, Tante Eclipse.

— Vous y allez tous les deux. Partez maintenant. Et soyez subtiles ; Sugar a beaucoup d’admirateurs auprès desquels se plaindre si nécessaire.

L’avantage avec Caesar, c’était qu’il passait tout son temps libre sur les réseaux sociaux. Il demeura donc délicieusement silencieux, concentré sur son smartphone, pendant toute la durée du trajet menant à la maison de Sugar Estier. Il était encore sur son téléphone lorsqu’ils sonnèrent à la porte, et il ne daigna lever le nez que lorsque la porte s’ouvrit.

— Oh bordel, tu as vu la taille de cette baraque ?! Bonsoir ! lança-t-il ensuite à Sugar Estier avec un sourire idiot.

La maison était gigantesque. Une vraie villa. Quant à Sugar… elle était fidèle à elle-même. Robe rouge courte et moulante mettant en valeur ses formes avantageuses, cuissardes noires à hauts talons et des bijoux en or discrets, mais bien présents autour de son cou, de ses poignets et pendus à ses oreilles. Elle était assez grande, avec un beau museau fin, un pelage bleu russe uniforme, court, mais fourni, et une longue queue de couleur rose perlée. Ses yeux bleu clair scintillaient d’une innocence que Canaille savait complètement fausse et surjouée.

— Bonsoir, lança-t-elle d’un air faussement timide.

Elle regarda Caesar en clignant innocemment des yeux, et les oreilles du Lapin frétillèrent. Canaille faillit se frapper le front avec la paume de sa main, mais préféra entrer en force à l’intérieur de la maison, poussant sans ménagement Sugar sur le côté.

— Canaille, sois un peu civilisé ! protesta Caesar, mécontent.

L’envie de claquer son cousin était grande, mais il se retint et alla s’installer sur le vaste canapé du salon de Sugar, s’attirant un regard aussi blasé qu’exaspéré de la part de la Rate.

— Surtout, ne te gêne pas, lança-t-elle d’un ton peu aimable.

Il l’ignora, se contentant de poser ses pieds sur la jolie table basse qui s’offrait à lui et ne demandait qu’à être ainsi souillée. Elle croisa les bras, mécontente, alors que Caesar allait s’asseoir sur l’accoudoir du canapé, toute son attention focalisée sur la Rate. Il était vraiment pathétique.

— Qu’est-ce que vous voulez ?!

— On a des questions à te poser, Sugar. Au sujet de ton petit copain Galipette, que tu as poussé à nous saboter !

— Quoi, si proche de Pâques ? Je n’oserais pas, allons !

— Il nous a dit que c’était toi.

— J’ai peut-être suggéré à mon petit-ami que les Lapins étaient bien trop privilégiés par rapport aux Rats, et que ce serait héroïque de la part d’un Lapin d’essayer de rétablir un peu l’équilibre par un acte de sabotage de production. Héroïque et sexy. Peut-être. Mais une suggestion, c’est juste une suggestion. Je ne pouvais pas prédire que Galipette passerait à l’acte. Peut-être que vous devriez faire passer à vos précieux employés des tests psychologiques avant de les engager ? Ça pourrait éviter ce genre de choses. Même si je doute que tu réussisses les tests, Canaille. Trop violent, se crut-elle obligée de préciser.

Il lui fit un sourire qui ressemblait plus à une grimace, et qui était totalement faux cul. Il ne pouvait vraiment pas la saquer, celle-là.

— Des tests psychologiques pourraient être une bonne chose.

Canaille se tourna vers Caesar et le regarda d’un air désabusé. Dans sa tête, la carte de visite de son cousin passa de négociateur catastrophique à débile profond.

« Une paire de seins qui passe, et son cerveau trépasse ! »

 Le meilleur slogan du monde. Fait pour lui.

— T’es sérieux ?!

— Quoi, c’est vrai ! Et tu aurais aussi bien besoin de cours de gestion contre la violence.

Pour le coup, Caesar n’imaginait même pas la sérénité qui était celle de Canaille. N’importe qui d’autre à sa place aurait déjà massacré Caesar depuis longtemps. N’importe qui, même pas quelqu’un de particulièrement violent. Sugar sourit, satisfaite d’avoir semé une petite discorde minute entre les deux Lapins. Le téléphone de Canaille sonna et il fronça les sourcils devant le numéro inconnu. Il coupa la sonnerie et reposa son regard sur Sugar.

— Bon, qu’est-ce que les Rats préparent ? Votre alliance avec les Reptiles est déjà actée ?

— Je ne vois vraiment pas de quoi tu parles.

Le téléphone de Canaille se remit à sonner pour afficher le même numéro. Cette fois, il décrocha en aboyant, agacé.

— C’est qui ?

— Vous êtes Canaille Guerindor ?

— Ouais et toi ?

— Je suis Félix Mardoner !

Canaille connut un instant de mort cérébrale. Le chef de la famille dirigeante des Chats ? Pourquoi il l’appelait ? Et depuis quand est-ce qu’il avait son numéro ?

— Euh, bonjour Monsieur, qu’est-ce que je peux faire pour vous ?

— J’aimerais que l’on discute des deux tonnes de choco-cannabis ainsi que des modalités de la grande fête que vous allez m’aider à organiser ?

Canaille, qui voulait initialement couper court à la conversation, fronça les sourcils.

— De quoi vous me parlez, là ? Attendez, excusez-moi trente secondes.
Il cacha le micro de son téléphone et se tourna vers Caesar. Il regardait Sugar d’un air ahuri, et il sursauta violemment lorsque son cousin mit un coup de pied dans le canapé sur lequel il était installé.

— J’ai un truc à régler, tu restes là avec elle. Tu lui poses des questions si tu veux, mais surtout, tu la lâches pas des yeux ! Et sois sage, toi, lança-t-il à Sugar.

Elle le foudroya du regard alors que Canaille sortait de la maison pour pouvoir reprendre sa conversation tranquillement. Dès qu’il indiqua à son interlocuteur qu’il pouvait parler, Félix Mardoner ne se fit pas prier. Le Chat était bavard et décomplexé, fidèle à sa réputation. Il lui expliqua ainsi joyeusement que Cacahuète et lui avaient longuement discuté des deux tonnes de choco-cannabis, totalement imprévues pour Félix Mardoner, que ce soit au niveau de l’utilisation qu’il allait pouvoir en faire ou au niveau du budget. Cacahuète n’avait pas voulu faire de réduction sur les deux tonnes, mais il avait promis à Félix Mardoner que les Lapins allaient l’aider à en faire bon usage et organiser à ses côtés la fête la plus extraordinaire qui soit, et ce le jour de Pâques. Il avait prétendu que les Lapins étaient des experts en organisation d’événements et avait promis de lui prêter gratuitement leur plus grand expert. En gros, il avait raconté n’importe quoi à Félix Mardoner.

— Et donc l’expert qui doit vous aider, c’est…

— Vous, Canaille, évidemment ! Vous n’étiez pas au courant ?

Le Lapin jura mentalement et commença à planifier le meurtre de Cacahuète avant de lui répondre.
— J’attendais de voir si vous étiez d’accord, c’est tout…

— Je le suis ! Le petit dernier de la famille Guerindor qui se consacrera à l’organisation de la meilleure fête de Pâques que les Chats aient jamais connus, c’est presque trop beau pour être vrai !

— Ouais, je vois ce que vous voulez dire…

Comment allait-il se sortir de cette situation ?! Il ne pouvait pas dire non au Chat, sinon il ne leur achèterait pas leur stock de choco-cannabis et les relations entre eux et les Lapins en pâtiraient. Hors de question que Canaille en soit la cause.

— OK, euh, Monsieur…

— Félix, je vous en prie ! Nous allons devenir de bons amis, je le sens !

— Ouais… là j’ai un truc urgent à faire, mais si vous voulez on peut se fixer un rendez-vous pour discuter de la fête plus tard.

— De vive voix, parfait ! Mon emploi du temps est très chargé, mais je suis dispo après-demain soir ! Nous en discuterons chez moi, à l’occasion d’un diner, c’est moi qui invite !

— Ouais, si vous voulez. À plus, Félix !

Il raccrocha rapidement et passa près d’une minute à calmer ses nerfs. Cacahuète allait finir en pièces. Il allait massacrer ce Lapin idiot. Lorsqu’il retourna à l’intérieur de la maison et qu’il ne retrouva pas Sugar et Caesar là où il les avait laissés, ce fut la goutte d’eau de trop. Il avait besoin de prendre des vacances, et vite. Dès que Pâques serait passé, il demanderait à Eclipse des vacances. Dans un endroit froid ; il aimait bien la neige. Il dégaina son pistolet et explora prudemment la maison. Il monta à l’étage et ne tarda pas à trouver Caesar. Nu dans une chambre, sur un grand lit deux places, avec ses poignets et ses chevilles attachés aux montants. Sugar le tenait en joue avec un fusil à canon scié, et elle fixait Canaille d’un air triomphant.

— Pose ton arme ou j’explose la cervelle de ton cousin. S’il en a bien une.

— Il en a une, elle est juste localisée entre ses jambes, grogna Canaille.
Il ne déposa pas son arme pour autant, braquant la Rate qui braquait Caesar.
— Je te jure que je vais lui faire péter la tête.

— Si tu le descends, je te descendrai derrière.
— Honnêtement, ça en vaudrait la peine. Je vais compter jusqu’à cinq. Un… deux…

— Canaille, déconne pas !

— Trois…

— Canaille, mon cousin d’amour ? Dépose ton arme !

— Quatre…

— Canaille, je t’aime !

— Cinq !

Canaille lâcha son arme avant que Sugar n’appuie sur la détente, mais vraiment à regret. À la demande de la Rate, il mit un coup de pied dans son pistolet, le faisant glisser jusqu’à elle.

— Tu vas faire quoi, maintenant ? Nous descendre ?

— Je vais vous livrer à de bons amis à moi. Ils décideront quoi faire de vous. Mais je vais être honnête, Canaille : ta vie ne vaut pas un clou et tu es un emmerdeur de première. Toi, tu vas y passer. En revanche, mon mignon, tu vas t’en sortir ! Au passage, j’aime beaucoup ce que tu fais sur les réseaux sociaux !

— Merci, sale garce, rétorqua Caesar.
Il était sarcastique, mais trouvait quand même le moyen d’être flatté. Pourquoi Canaille ne l’avait-il pas laissé se faire tuer, déjà ?

— Quels amis ?

— Nous.

Canaille fit volte-face et il se décala en se retrouvant face à deux Reptiles —un Crocodile et un serpent. Armés, bien sûr. Canaille ne connaissait pas le Crocodile, mais il reconnut le Serpent et grimaça. Tac Malorm, l’un des bras droits du chef des Reptiles, très reconnaissable grâce aux reflets rougeâtres de ses écailles.

— Les Rats et les Reptiles officialisent leur alliance d’enfoirés ?

— Et te couper le cou pour fêter ça sera un plaisir, Canaille.

— Si vous nous tuez, vous allez déclencher une guerre dont vous serez responsables ! Tous les autres clans vont se rallier à nous !

— On va pas vous tuer. Même pas toi, Canaille, même si c’est pas l’envie qui m’en manque. En revanche, on va vous prendre en otage. On va pousser votre Tante à faire foirer les livraisons de Pâques et récupérer le Contrat du Chocolat !

— Elle va jamais accepter ça !

— Pour tes beaux yeux, non, concéda Sugar. Mais pour ceux de son neveu et héritier chéri…

— Donc vous n’allez pas me tuer ni me blesser ? s’enquit presque timidement Caesar.

— Nope, sauf si tu m’agaces trop.

— En revanche, Canaille est inutile, on pourrait s’en débarrasser, suggéra Sugar.

L’intéressé grogna sans même daigner l’insulter.

— On pourrait faire disparaitre son corps, poursuivit la Rate. Le plonger dans de l’acide, un truc comme ça !

— On pourrait le bouffer, ouais, suggéra d’un air pensif Tac. Cannibalisme, ça te parle, Canaille ?

La Rate ne put masquer une grimace de dégoût alors que Canaille adressait un beau doigt d’honneur au Serpent.

— Bon, détachez-moi, bandes d’enfoirés ! allez, dépêchez-vous ! J’ai pas que ça à faire, moi !

Tout le monde se tourna vers Caesar, se demandant clairement ce qu’il avait fumé.

— Vous avez besoin de moi en vie et bien portant, sinon votre petit chantage vis-à-vis des Lapins ne tient plus ! Donc vous allez être très gentils avec moi et accédez à mes différentes requêtes afin de m’assurer un confort maximum. Vous pouvez buter Canaille, je m’en tape, mais moi, je veux être traité comme un roi, c’est clair ?!

Tac était totalement incrédule, comme tous les autres Animaux présents.

— Je crois que tu n’as pas bien compris ta situation… commença Sugar.

— Ta gueule, la garce ! J’ai très bien compris : vous avez besoin de moi vivant pour récupérer le Contrat du Chocolat ! Vivant et bien portant, sinon ma famille et les autres Lapins viendront vous dégommer ! Donc vous allez faire de ma détention un paradis, les nuisibles !

Le retour du pire négociateur de tous les temps.

Fausse affiche pour le faux film Le Retour du Négociateur, un film imaginé par le héros du Contrat du Chocolat, une histoire spéciale Pâques

Canaille avait envie de se frapper le front —ou de frapper Caesar. Tac était mécontent, et connaissant son tempérament, il n’allait pas laisser Caesar lui parler comme ça longtemps.

— Caesar, la ferme ! ordonna Canaille.

— Non, je ne la fermerai pas ! Je suis désolé que tu finisses dans l’assiette d’un tas de sac à main et de chaussures potentiels, cousin, mais moi ce ne sera pas mon cas ! Et j’ai bien l’intention d’être correctement traité par eux, car tu sais que mon poil supporte mal le stress et a besoin d’un entretien méticuleux ! D’ailleurs, il faudra acheter des produits très précis, je vous fournirai une liste !

Canaille put lire dans les yeux de Tac le moment précis où sa colère montante se changea en colère meurtrière.

— Ne déconne pas, Tac ! s’écria-t-il alors que le serpent avançait à grands pas jusqu’au lit.

Son pistolet, un magnum, se braqua vers la tête du Lapin.

— T’es mort, enfoiré !

— Tu peux toujours rêver, t’as besoin de moi vivant !

Il fallait agir vite. Très vite. Sugar et le Crocodile avaient le regard fixé sur Caesar et Tac, et Canaille en profita pour dégainer son couteau de poche. Rapidement, il le planta dans le cou du Crocodile et lui arracha son arme. Il logea ensuite une balle dans la tête de Tac, les prenant elle et Sugar de vitesse. Sans hésiter, il tira ensuite sur Sugar et atteignit la Rate dans l’abdomen. Il y eut un grand silence, et Caesar cligna des yeux à répétition.

— T’as merdé, Canaille.

L’envie de tirer lui-même sur Caesar était grande, mais Canaille n’en fit rien : il savait que son cousin avait raison. Il venait de faire n’importe quoi.

 

Eclipse fixait son neveu d’un air froid, assise sur son fauteuil. Elle avait demandé à être seule avec lui, et Canaille avait envie d’être ailleurs. D’autant plus qu’elle lui infligeait son silence, qui était bien pire que ses reproches. La déception lisible dans ses yeux donnait envie à son neveu de pleurer comme un gosse.

— Il allait buter Caesar, j’avais pas le choix, lâcha finalement Canaille, après un long silence.

— Je ne t’ai pas invité à parler.

Immédiatement, il se tut, laissant sa tante continuer à le fixer.

— Tu as abattu l’un des bras droits de Crock Daraengar.

Crock Daraengar, le terrible chef des Reptiles, un Crocodile massif et impitoyable, combattant martial particulièrement réputé et redouté. Ennemi juré d’Eclipse.

— Sugar Estier et l’autre Reptile présents ont tous les deux survécu et sont actuellement hospitalisés. Ils ont déjà tout raconté à leurs Clans. Tout le monde sait que tu as tué Tac. Tu sais ce que ça veut dire ?

La question était rhétorique, et Canaille demeura silencieux.

— Tu as déclenché une guerre avec les Reptiles et leurs alliés, Canaille. À quelques semaines de Pâques.

Il serra les dents, s’empêchant ainsi de répondre.

— Nous sommes en tort, poursuivit-elle. Personne ne nous soutiendra. Les Canins ont déjà commencé à invalider nos accords en termes d’armes et de munitions. Ils ne nous fourniront que des miettes, et donneront tout aux Reptiles. Les Chats nous regardent de travers. Et ils ne sont pas les seuls. Tous les Clans savent que nous sommes en tort, et ils ne laisseront pas passer ça.

Canaille ouvrit la bouche, mais elle le prit de vitesse.

— Je ne veux pas entendre tes excuses. Tu n’en as aucune.

Nouveau silence. Canaille bouillonnait. Il avait envie de hurler sa frustration, et de secouer sa tante en lui expliquant pourquoi il n’avait pas le choix et avait dû agir ainsi. Il n’en fit rien cependant, se contentant de regarder le sol d’un air malheureux. Eclipse soupira profondément.

— Tu sais, Canaille, parfois j’ai l’impression que dans cette famille, il n’y a que deux cerveaux : le mien et le tien. Si l’un des cerveaux fait défaut, je ne vois pas pourquoi m’embarrasser plus longtemps de sa présence.

Il releva vivement la tête vers elle, ne comprenant pas où elle voulait en venir. Elle voulait le faire tuer ? Offrir sa tête aux Reptiles dans un acte de paix ?

— Je comprends pas ce que tu veux dire, Tata, marmonna-t-il nerveusement.

— Ne m’appelle pas ainsi. Je ne suis pas ta tante.

Le choc était si grand que Canaille fit un pas en arrière, comme si elle l’avait frappé.

— Je pense que t’inclure dans cette famille était une erreur, Canaille.

Cette fois, c’est sûr, il allait pleurer.

Deuxième chapitre, assez long, que j’ai beaucoup aimé écrire ! ^^
Je suis contente des deux images que j’ai mises, je trouve qu’elles s’insèrent bien dans le récit ! 

J’espère que vous avez aimé ce chapitre ! 🙂 

Les visuels ont été réalisés avec Canva.

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