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Je t’offre mon sourire contre tes larmes – Chapitre 3

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La porte bleue recouverte d'écailles

Youssoupha et Nathalie venaient jouer dans le Monde aux Merveilles tous les jours. Ils y passaient des heures, et s’amusaient toujours plus ensemble. Ils en oubliaient les problèmes qui pesaient sur leurs épaules bien trop petites pour les supporter. Ils respectaient les trois règles établies par Jupiter, qui restait de temps en temps avec eux pour discuter ou même jouer un peu lui aussi. Comme promis, leurs absences passaient inaperçues aux yeux de leurs proches, et ils n’avaient donc aucun regret à explorer le Monde aux Merveilles dans ses moindres recoins.

— À ton avis, il y a quelque chose qu’on ne peut pas voir, ici ? demanda soudainement Youssoupha entre deux bouchées de barbe à papa.

Ils étaient allés dans le grand parc d’attractions aux millions de couleurs, et ils faisaient une pause en regardant le ciel crépusculaire parcouru de feux d’artifice grandioses.

— Non ! On peut tout avoir ici ! On a même pu voir de vrais dinosaures, hier !

Youssoupha sourit en repensant à leur grande expédition de la veille, dans une plaine remplie de dinosaures totalement inoffensifs pour eux. Même de gros prédateurs avaient ignoré les deux enfants qui se tenaient parfois à quelques centimètres d’eux. Cet endroit était vraiment magique et merveilleux.

— Tu vas faire le réveillon du Nouvel An, tout à l’heure ? demanda ensuite la petite fille.

Youssoupha nia de la tête.

— J’ai demandé hier à Papa, mais ça l’a rendu triste, soupira-t-il. Et toi ?

— Nous non plus. Maman m’a dit qu’elle est trop fatiguée.

Ils restèrent silencieux, attristés, jusqu’à ce que le petit garçon esquisse un sourire.

— Une chance que l’on puisse manger ce que l’on veut ici ! Dès qu’on a fini toutes les attractions du parc, on va faire notre propre réveillon !

Cela fit rigoler son amie, qui approuva avec enthousiasme. Elle fronça brusquement les sourcils.
— Mais oui, bien sûr ! On peut tout avoir, ici ! Youssoupha, il faut qu’on demande ce que l’on veut le plus au monde, et on l’aura !

— Comment ça ?

— Moi, je veux mon Papa, et toi, tu veux de l’argent ! Il faut qu’on demande et le Monde aux Merveilles nous donnera ce qu’on veut !

— Tu crois que ça va marcher ?

— Bien sûr ! On demande à trois, ensemble ! 1, 2, 3 ! Je veux mon Papa !

— Je veux qu’on ait de l’argent !

Les deux enfants attendirent, en espérant, mais il ne se passa rien du tout. La déception les envahit, et ils se sentirent très malheureux. Une porte apparut brutalement devant eux, et ils poussèrent des cris de joie. Ils allèrent à la porte en courant, mais ils s’arrêtèrent assez rapidement. La porte était bleue et recouverte d’écailles transparentes. Les deux enfants échangèrent un regard.

— Tu crois que ce qu’on a demandé est de l’autre côté, Youssoupha ?

— Peut-être, mais… Jupiter a dit qu’on ne pouvait pas y aller.

— Oui, c’est vrai.

Pourtant, les deux amis restèrent face à la porte. Ils étaient incapables de la quitter des yeux. Ce qu’ils désiraient ardemment se trouvait juste de l’autre côté, ils en étaient sûrs.

— On pourrait juste regarder rapidement, suggéra alors Nathalie.

Dès qu’elle eut fini sa phrase, la porte s’entrouvrit lentement, en grinçant de manière bien peu rassurante.

— Elle s’est ouverte toute seule, j’ai rien fait !

— Je sais, Nathalie, souffla le petit garçon. On devrait aller ailleurs, et attendre que Jupiter vienne nous chercher…

Elle hocha la tête, mais aucun des deux ne bougea.

— Venez…

Un murmure, porté par le vent, venait de s’échapper par la porte entrouverte. La voix était douce et rassurante.

— J’ai ce que vous désirez… venez…

Nouvel échange de regards entre les deux amis. Ils étaient indécis. Que faire ? Que choisir ?

— On va juste voir et on revient tout de suite !

— Nathalie, non !

La petite fille ignora Youssoupha, et elle poussa la porte du bout des doigts. Un immense escalier de verre, identique à celui de l’entrée du Monde aux Merveilles, se dévoila sous leurs yeux. Le verre était teinté de bleu, très joli et élégant, et le ciel était un ciel nocturne aux milliards d’étoiles. Il n’y avait pas de nuages pour leur cacher ce qui les attendait. C’était une grande plaine rocheuse, avec un trône posé face aux escaliers. Un trône bleu, recouvert d’écailles transparentes, et très, très grand.

— Il y a quelqu’un ? demanda Youssoupha.

Il restait en haut des marches, à côté de la porte de sortie. Nathalie, elle, n‘était pas aussi prudente : elle avait déjà commencé à dévaler les grands escaliers. Hésitant, son ami la suivit d’un pas plus lent. Ils finirent par atteindre le trône, qui était vraiment beau à voir. La petite fille tendit la main pour le toucher, rongée par sa curiosité.

— On ne touche pas aux affaires des autres ! Tes parents ne te l’ont jamais appris ?

Les deux enfants sursautèrent et se tournèrent vers leur interlocutrice. C’était une femme grande, plus grande que leurs Mamans. Elle avait la peau bleue recouverte d’écailles transparentes, et des cheveux bleus, très foncés et très longs qui étaient rassemblés en une tresse épaisse. Elle portait une longue robe noire recouverte de paillettes scintillantes.

— Votre robe est trop belle ! s’écria Nathalie.

Cela fit sourire la dame.

— Elle est assortie aux étoiles !

Elle paraissait gentille, et cela rassura un peu Youssoupha. Leur bêtise n’était peut-être pas aussi grosse qu’il le pensait.

— Vous êtes une amie de Jupiter ? demanda prudemment le petit garçon.

Elle le fixa en esquissant un nouveau sourire, plus grand encore que le précédent.

— Bien sûr.

— Pourquoi il nous a dit de ne pas ouvrir votre porte, alors ? insista le garçon.

— Pour tester votre curiosité, peut-être ? Ou parce qu’il ne vous pensait pas encore prêt à avoir ce que vouliez le plus au monde. Mais maintenant, vous êtes là. Et je vous considère comme étant prêts.

— Je veux mon Papa !

— Tu es bien pressée, petite ! Tu ne me demandes même pas mon nom ? C’est un peu impoli. Sache que je m’appelle Noctalia.

— Désolée, Madame. J’ai juste vraiment envie de le revoir ! Et votre nom est super joli !

Noctalia lui fit un nouveau sourire bienveillant, avant de se tourner vers Youssoupha.

— Et toi ? Tu ne demandes rien ? Tu veux de l’argent, pourtant, si je ne me trompe pas !

— C’est bien ça, Madame Noctalia.

— Tu es très poli, toi.

Elle se détourna d’eux en faisant voler sa tresse derrière elle. Elle devait porter des chaussures à taons, car ils claquaient sur le sol rocailleux. D’un claquement de doigts, elle fit apparaitre deux nouvelles portes. Elles étaient identiques à celle qu’ils venaient de franchir : bleue avec des écailles transparentes.

— Je vais vous renvoyer dans votre monde, à présent. Comme vous avez été de gentils petits, je vais vous accorder ce que vous voulez le plus. La porte de gauche est pour toi, Nathalie. Celle de droite, c’est la tienne Youssoupha. Elles donnent sur vos maisons respectives.

Les deux enfants échangèrent un regard, hésitants.

— Et pour ce qu’on a demandé ? tenta la fille.

Noctalia la fixa un instant.

— C’est de l’autre côté de vos portes. Vous les franchissez ?

Les deux amis ne répondirent pas, préférant se précipiter vers leurs portes.

L’image d’origine du visuel vient de Canva.

Troisième chapitre posté ! Plus que deux avant la fin de cette petite histoire ! J’espère qu’il vous a plu !
N’hésitez pas à commenter, notamment pour me dire ce que vous pensez de Noctalia… 🙂

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